FRNL
   
  • 55€
  • 1010€
  • 2020€
  • 5050€
  • 100100€
  • 500500€
   

Après l’accident de Fukushima, la Chine lance le nucléaire de IVe génération

Le 16 décembre à 22:12

18 mars 2011 (Nouvelle Solidarité) – « La Chine fait une pose dans son programme nucléaire », peut on lire dans la presse occidentale. Ce que cette dernière oublie de préciser, c’est que la décision chinoise n’a rien à voir avec un quelconque abandon d’une politique en faveur de l’atome, mais tout à voir, au contraire, avec un engagement pour un nucléaire du futur offrant des avantages encore plus intéressants.

Rappelons d’abord qu’en Chine, comme aux États-Unis, c’est le charbon qui reste la principale source d’énergie. Cette dernière n’est pas sans danger. En Chine, pas une semaine ne se passe sans que des dizaines de mineurs ne perdent la vie au fond des mines. Rien qu’en 2010, 2433 mineurs, à 80% des immigrants, ont péri ainsi.

Cependant, la Chine aime faire progresser les technologies. Et puisque que le monde entier se préoccupe désormais de la sécurité des centrales nucléaires, elle estime aujourd’hui que le moment est venu d’accélérer son propre projet de réacteur de « quatrième génération », de conception entièrement chinoise.

En 2001, neuf pays (France, Argentine, Brésil, Canada, Japon, Corée, Royaume-Uni, Afrique du sud et États-Unis) se sont associés pour mettre au point les réacteurs du futur en créant le Forum génération IV international (GIF), rapidement rejoints par la Suisse, Euratom, la Chine et la Russie.

Alors que la génération III et III+ (type EPR) se contentait d’améliorer le rendement, la fiabilité et la sécurité des réacteurs de IIe génération utilisant surtout l’eau comme fluide caloporteur, l’ambition de la génération IV est d’opérer un saut qualitatif. Parmi les six types de réacteurs sélectionnés comme très prometteurs, le GIF retient le Very High Temperature Reactor (VHTR), réacteur à très haute température.

Il s’agit d’un réacteur modulaire refroidi au gaz (hélium), d’un rendement thermodynamique très élevé permettant de produire de la chaleur, de l’électricité et de l’hydrogène. La chaleur produite est directement utilisable dans la pétrochimie, la transformation des matières premières, le dessalement de l’eau de mer et, à terme, la production d’hydrogène à grande échelle, lorsque nos sociétés opèreront une révolution dans les transports individuels.

Le réacteur à haute température (HTR) chinois dispose d’un système de sécurité « intrinsèque » en raison des boulets qui constituent son combustible. Ceux-ci contiennent des microbilles d’uranium enrichi, enrobées de carbure de silicium et de carbone pyrolytique, puis assemblées avec du graphite pour former des sphères de la taille d’une balle de tennis, enveloppées dans une coquille de céramique pouvant soutenir des températures extrêmement élevées.

Par sa conception révolutionnaire, ce HTR n’est pas « dépendant » pour sa sécurité d’un système de refroidissement extérieur. Alors que dans une centrale classique, les gaines en zirconium renfermant le combustible fondent quand la température dépasse les 700° Celsius, les boulets recouverts de céramique sont conçus pour résister à des températures largement au-dessus des 1600° Celsius que pourrait atteindre le réacteur en cas d’emballement accidentel. Lors de cette éventualité, la réaction s’arrête automatiquement car la chaleur accumulée se dissipe de manière naturelle et beaucoup plus rapidement que dans les réacteurs classiques.

Le professeur Jan Leen Kloosterman, de l’université de Leyde au Pays-Bas, confirme que la Chine, grâce à un prototype (HTR-10) réalisé à Pékin, a réussi à valider en grande partie ces nouvelles technologies.

Suite à l’accident de Fukushima, centrale pourvue de réacteurs à eau bouillante de IIe génération, les autorités chinoises se sont donc fait un point d’honneur d’avaliser la construction, à Rongcheng, dans la province orientale de Shandong, du HTR-PM, un réacteur du même type beaucoup plus puissant (2 x 250 MWt). Sa construction, qui débutera fin mars, prendra quatre ans et coûtera 550 millions d’euros. Ma Zhanying, le directeur général de China Nuclear Engineering Group, a précisé que, grâce à sa conception de IVe génération, ce HTR répondra à des critères de sécurité plus élevés que ceux de Fukushima.

En France, Areva et le CEA planchent sur deux types de réacteurs de IVe génération. La France a approuvé en 2006 le projet ASTRID, un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium, financé à hauteur de 650 millions d’euros dans le cadre du grand emprunt. Areva et le CEA travaillent également sur un autre concept HTR, le projet ANTARES, un réacteur à neutrons rapides refroidi à l’hélium. Cependant, nous dit-on, bien que la France dispose des compétences nécessaires, le financement des HTR français dépend entièrement… des élections de 2012.

En attendant un leadership politique, Areva et Westinghouse se disputent la première place mondiale pour devenir les champions sur le « marché » du nucléaire de IIIe génération, alors que l’Inde, en développant des réacteurs au thorium, et la Chine, en prenant le devant dans le domaine du nucléaire de IVe génération, investissent dans l’avenir.


Pour creuser :

 Envoyer à un ami  Nous contacter
 
   
  • 55€
  • 1010€
  • 2020€
  • 5050€
  • 100100€
  • 500500€