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François Morin : Contre les produits dérivés, rétablissons la souveraineté des Etats

Le 19 août à 20:08

Le 15 octobre 2011

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Je vais reprendre pour commencer une parole de Jacques Cheminade de ce matin quand il nous a dit que les heures étaient comptées, et, en effet, lorsqu’on regarde les déclarations faites depuis une semaine par plusieurs responsables économiques et politiques en Europe, on ne peut être que très inquiets de la situation présente.

D’abord la déclaration de Robert Shapiro, économiste au FMI et qui nous annonce tout simplement, devant la BBC vendredi dernier, devant des journalistes éberlués : « Si les pays européens ne peuvent pas répondre de façon crédible à la crise je pense que dans 2 ou 3 semaines nous assisterons à la débâcle des dettes souveraines, ce qui entrainera une débâcle du système bancaire européen. »

Prenons celle de Jean-Claude Trichet le 11 octobre dernier où il déclarait : « La crise de la dette dans la zone euro atteint une dimension systémique. Les risques de répercussions sur l’économie augmentent rapidement et les banques sont entrées dans une zone de danger. »

Dernière citation, celle de notre Premier ministre, François Fillon le 10 octobre dernier : « La crise actuelle peut mettre en péril soixante années de construction européenne. Personne ne doit se tromper, nous sommes sur un volcan qui peut dynamiter le continent européen. »

Et pourquoi ces déclarations très alarmistes ? Il y a peut-être plusieurs facteurs : D’abord, la crise grecque qui entre dans une phase cruciale, et on peut parler d’un paradoxe que tout le monde a du mal à comprendre puisqu’en permanence on nous explique que le PIB de ce pays ne représente que 2 % du PIB européen, donc finalement pas grande chose, et en même temps que si il y a un événement de crédit ou un défaut sur la dette grecque on va avoir une catastrophe mondiale. Voila le paradoxe. (…)

Pour éclairer les choses, je voudrais d’abord faire un détour pour dire quelle est la fonction essentielle des marchés financiers aujourd’hui. Les marchés financiers ne remplissent plus leur fonction essentielle qui est de financer l’économie. On peut démontrer assez facilement avec des chiffres de la BRI et de Natixis, que les émissions nettes d’actions ont été négatives sur les bourses d’action. Ce qui veut dire qu’au lieu d’apporter du financement, par rapport à des retraits, aux dividendes ou aux sorties de bourse, on a des résultats négatifs. (…) Alors à quoi servent les bourses ? Notamment à permettre aux grandes banques de déployer leurs activités de marché, avec à la clé des pratiques spéculatives qui ont été démultipliées.

Ces techniques spéculatives sont à la fois traditionnelles, d’autres tout à fait nouvelles. Les traditionnelles sont les phénomènes de spéculation à la hausse qui sont d’autant plus fortes qu’elles sont alimentées par le crédit. (…) On peut aussi gagner beaucoup d’argent en spéculant à la baisse. (…)

Il y a les effets de levier et enfin une dernière technique, celle sur laquelle je voudrais m’appesantir et qui explique les paradoxes dont j’ai parlé tout à l’heure. C’est la spéculation à partir des produits dérivés. Un produit dérivé est un produit, comme son nom l’indique, qui dérive d’un autre qu’on appelle le « sous-jacent ». Le sous jacent, c’est essentiellement des taux d’intérêt, des taux de change, des cours de bourse.

Comment ça se passe ? Ces taux varient en permanence sous l’effet d’une loi de l’offre et de la demande. Ils entrainent un certain risque pour les entreprises. Le fait d’avoir un taux de change fluctuant en permanence pour des entreprises qui vendent certains produits sur deux ou trois ans, comme Airbus, peut transformer leurs profits en pertes. Que va faire Airbus, elle va prendre un produit dérivé, des contrats à termes lui permettant de se protéger contre ces changements. Voilà une première catégorie de dérivés.

Même chose pour les taux d’intérêts. Quand une entreprise veut se financer aujourd’hui elle est obligée si elle est grande d’aller sur les marchés financiers où les taux d’intérêt sont variables. Le cout de son financement peut être catastrophique si le taux passe de 2 à 6%, ses mensualités de paiement vont doubler. (…)

Mais je voudrais surtout revenir aux dettes souveraines parce qu’il y a une catégorie de produits dérivés qui joue a fond dans la crise actuelle. Ce sont les fameux CDS. Un Credit Default Swap est un contrat qui s’apparente à un contrat d’assurance contre le risque de faillite de celui qui a émis un titre financier. Les Etats émettent des titres financiers, qu’on appelle des obligations, pour financer leur déficit ; les entreprises font la même chose. Celui qui achète cette obligation va vouloir s’assurer que l’entreprise émettrice ne va pas faire faillite.

Aujourd’hui, sur toutes les dettes européennes, il y a eu quantité de CDS émis. On connaît le volume global des CDS puisqu’il y a un institut américain, l’ISDA, qui publie en permanence le nombre total de CDS en circulation. Mais on ne sait pas qui précisément les a émis et qui les achète. Les CDS sont toujours vendus par les très grandes banques, un marché très opaque de gré à gré, et on ne sait pas exactement, comment ces CDS sont aujourd’hui répartis dans le monde.

A priori ce sont des produits utiles, mais voilà le problème : il y a des CDS émis sous forme nue. C’est-à-dire qu’il y a des acteurs qui achètent ces produits, sans avoir des titres obligataires. Car ces CDS ont une valeur qui dépend du risque de l’émetteur et il y a des gens qui spéculent à partir de là. Une quantité énorme a été émise et Christine Lagarde, avant d’aller au FMI, avait même dit qu’il fallait interdire les CDS nus. Mais les spécialistes lui ont dit : « Comment voulez-vous distinguer les CDS nus des autres CDS ? »

Pourquoi est-ce grave ? Imaginez qu’il y a un défaut de paiement concernant une dette souveraine. Qu’est-ce qui se passe à ce moment là ? Le terme technique est : « on déboucle les CDS ». Ceux qui ont vendu les CDS, les plus grandes banques, vont être obligés de payer ceux qui détiennent ces titres. Le problème est qu’on ne sait pas comment se répartissent les CDS. (…)

Pour vous donner des ordres de grandeur, le montant des CDS parmi les produits dérivés : 42 000 milliards de dollars, alors que le stock des obligations émises dans le monde en Juin 2007 était de 35 000 ! En même temps, le montant de stocks de produits dérivés dans le monde en 2007 était 516 000, un chiffre considérable.

À côté des CDS, il y a des instruments qui vous couvrent contre les risques de change et de taux d’intérêt, ces derniers étant les risques les plus importants, et si on veut sortir de la situation actuelle, il ne s’agit pas simplement de supprimer des CDS, mais de supprimer ces produits dérivés qui sont extrêmement dangereux. Ils sont nés avec la libéralisation de la sphère financière, à partir d’août 1971 quand on a libéralisé le marché de change, et ensuite dans les années 70 lorsqu’on a sommé les Etats de faire comme les entreprises, d’aller se financer sur les marchés financiers. (…)

Ces produits dérivés ont explosé, ils étaient 3,4 milliers de milliards de dollars en 1990 ; en 2007, 516 milliers de milliards de dollars.

Comment sortir de cette situation ? En revenant sur cette libéralisation et dès qu’on touche aux taux de change et aux taux d’intérêt on est sur des questions monétaires et donc la question monétaire est une question centrale. Il faut revenir sur les règles de formation de taux de change et de taux d’intérêt.

Cela veut dire une réforme monétaire à l’échelle internationale profonde, qui permette de réintroduire de la visibilité pour le monde de l’économie réelle. Je rappelle qu’entre 1945 et 1970, il n’y a eu dans le monde aucune crise financière. On avait une stabilité monétaire, les taux d’intérêt, comme le taux de change, étaient fixés par la puissance publique dans tous les pays du monde. Il y avait un horizon pour les entreprises et pour les ménages lorsqu’ils voulaient investir ou faire du commerce international.

A partir du moment où on a fait cette folie de libéraliser ces deux taux, on est entré dans une aire de déstabilisation de la sphère financière avec des crises qui ont pris un caractère systémique de plus en plus marqué, et qui a abouti à la crise que l’on connait aujourd’hui où une fois de plus les produits dérivés, comme dans la crise des subprime, vont jouer un rôle déterminant dans la catastrophe qui s’annonce.

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