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Helga Zepp-LaRouche : Une alliance avec la Chine et la Russie est l’unique option pour sortir de la crise

Le 12 décembre à 07:12

Lors de l’Assemblée générale de Solidarité & Progrès qui a réuni quelque 350 personnes pendant le weekend du 15-16 octobre à Saint-Ouen (93), l’invitée surprise était Helga Zepp-LaRouche, présidente internationale de l’Institut Schiller et présidente de notre parti frère le Bürgerrechtsbewegung Solidarität.
Après un exposé passionné détaillant comment la candidature de Jacques Cheminade s’inscrit dans une bataille ardue visant à imposer une alternative économique globale à la crise actuelle, Mme Zepp-LaRouche a longuement répondu aux questions de l’auditoire. Extraits.


Question : Qui a établi la relation entre le pensant, le vivant et le non-vivant ?

Helga Zepp-LaRouche :
C’est sans aucun doute Nicolas de Cuse. C’est lui qui a inspiré Kepler, Leibniz, Gauss, Vernadski et Einstein. Tous s’y réfèrent et selon moi, Nicolas de Cuse est l’un des trésors incompris de la science moderne. Les belles pensées qu’il a à son actif sont nombreuses, par exemple la preuve de l’immortalité des êtres humains, une question qui, à mon avis, mérite toute notre attention : il existe une preuve de cela dans le fait que l’âme humaine invente la musique, la science, l’histoire et que lorsque ces créations révèlent de véritables principes universels, elles restent et survivent à la personne qui les a inventées. Cela signifie que ces activités qui célèbrent l’esprit doivent avoir une plus grande importance, une qualité d’existence supérieure. Et comme les objets ainsi créés, que ce soit les découvertes scientifiques ou les principes artistiques, sont immortels, cela signifie que cet ordre supérieur, qui est celui de l’âme, est lui aussi immortel.

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Nicolas de Cuse inspirateur de Kepler, Leibniz, Vernadski, Einstein et beaucoup d’autres.

Cela vous semble peut-être abstrait, mais, pensez-y ! Beethoven est-il vivant ? Sans aucun doute. Platon est-il vivant ? Sans aucun doute. Et c’est bien pour cette raison que Lyndon LaRouche a lancé à notre génération le défi de devenir une espèce immortelle. L’homme pourrait être la première espèce qui ne s’éteindra pas à la fin de ce grand cycle galactique de 62 millions d’années auquel nous appartenons, alors qu’au cours des 500 derniers millions d’années, l’extinction de plus de 98% des espèces alors existantes a eu lieu lors de ces événements galactiques grandioses. (…) Nous devons réussir cette prochaine étape de l’évolution, sinon nous disparaîtrons. Mais les lois de l’univers sont conçues de telle façon que nous pouvons être confiants dans le fait que si nous nous comportons en accord avec ces lois universelles, nous avons de bonnes chances d’y arriver. Je pense donc que toutes les raisons d’être optimisme sont là, à condition que nous nous écartions complètement des Verts et de leur idéologie.

Je garde contact avec un géophysicien qui dit ne pas vouloir aborder cette question, car pour lui, il est clair que l’humanité, prise dans l’évolution de l’univers, est apparue deux minutes avant minuit et disparaîtra une minute après. Je lui ai alors répondu que son point de vue était inacceptable, car cela voudrait dire que la musique de Beethoven a été composée en vain. Il n’a pas su me répondre.

Question : Comment appréhender les relations entre le politique et le religieux aujourd’hui ? Comment combattre un certain fatalisme qui prend racine, accompagné d’une pensée religieuse très appauvrie ?

HZL : Nous abordons une époque où l’humanité se trouve comme embarquée sur un même bateau. Dans le passé, certaines civilisations se sont effondrées, comme l’Empire romain ; à la même époque, en Inde, la période Gupta a été une apogée avec le sanskrit et la poésie, mais les gens n’en savaient rien, car il fallait plusieurs années pour voyager de l’Europe vers l’Inde, et pareil dans l’autre sens. Les échanges entre les différentes civilisations n’étaient pas très intenses. Puis il y eut la montée de la culture chinoise au VIIe siècle qui ne sera remarquée par les Européens qu’au XIXe siècle. D’autres cultures ont probablement connu certaines apogées que nous ne pouvons pas vraiment connaître de façon empirique, car elles n’étaient pas très partagées.

(…) Si nous voulons sortir de cette crise, nous devons présenter quelque chose qui soit acceptable pour l’ensemble des nations composant cette humanité. Par conséquent, même si nous nous appuyons sur la tradition de pensée platonicienne et chrétienne d’Europe, même si nous sommes une expression de cette culture dont sont issues la culture grecque Classique, la Renaissance italienne, la Renaissance allemande ou encore la tradition des grands penseurs français, nous n’appartenons pas moins à une organisation internationale. Nous devons donc rechercher les échos de ces principes dans les autres cultures, en Chine, en Inde et ailleurs.

Inspirons-nous de Saint Augustin qui fut l’un des grands penseurs du IVe siècle et dut composer avec toutes sortes de sectes et de cultes à l’époque. Il tenta d’éduquer les individus en partant de l’idée qu’il n’existe pas de contradiction entre la science et la foi, une idée prouvée par le fait que Platon et quelques-uns des penseurs présocratiques développaient déjà une pensée cohérente avec la révélation chrétienne. Il dit aussi que le fait que des philosophes, ayant vécu quatre cents ans ou plus avant le Christ, aient pu avoir des idées cohérentes avec le sens de la révélation chrétienne, prouve qu’il existe une qualité de raison humaine capable de reconnaître ce qui est révélé dans la foi chrétienne. Je pense que c’est une idée très belle et qu’elle mérite qu’on y réfléchisse, car tous les courants fructueux de l’épistémologie et de la philosophie européenne sont jalonnés de penseurs pour qui il n’existait pas de contradiction entre la science et la foi. Nicolas de Cuse, par exemple, était un homme profondément religieux, mais également un grand scientifique. Leibniz, qui était nominalement un protestant, mais également un catholique dans les faits, disait que le fait que l’Empereur Kangxi arrive aux mêmes conclusions mathématiques que lui, prouvait qu’il n’y avait qu’un seul Dieu. Et l’empereur de Chine n’était pas un homme religieux, c’était un homme de raison. Et si vous découvrez les lois de la création, les lois du Créateur, cela ne nécessite pas que vous soyez d’une quelconque obédience a priori, la clef étant d’atteindre la beauté de la vérité.

Je pense que là réside notre tradition, en comparaison de ceux qui nient l’existence de cette belle unité entre la foi et la science. Je pense que c’est par ce chemin que nous pourrons résoudre les problèmes de ce monde, en incluant les Chinois, les Indiens, les Arabes et tous les autres.

Question : Vous qui revenez d’un long séjour aux États-Unis, pouvez-vous nous dire ce que vous avez vu, parce que je ne fais pas confiance à la presse pour nous le dire. Merci.

HZL : Dans les institutions, il existe des patriotes qui sont très inquiets de ce qui se passe maintenant, et dans la population, les gens qui dépendent d’une aide sociale désormais revue à la baisse, ont conscience que l’on est en train de réduire leur espérance de vie. Puis, au niveau de la politique étrangère, il existe une confrontation brutale – qui se reflète dans les politiques menées en Afrique – entre d’un côté des ambassadeurs américains qui disent que certains États africains sont en accord avec le Ministère des Affaires étrangères américain et avec le Conseil de sécurité de l’ONU, et de l’autre des personnes comme Susan Rice (ambassadrice auprès de l’ONU) qui exigent des changements de régimes, au Zimbabwe par exemple, ou des missions de surveillance aérienne au Soudan. Cette opposition violente s’exprime tous les jours.

Il y a également la découverte, choquante pour beaucoup, qu’il existe une commission secrète au Département de la Justice qui établit des listes de citoyens, y compris américains, à éliminer. Que Dick Cheney puisse, lors d’une interview télévisée, féliciter Obama de faire encore mieux que Bush, et qu’il lui suggère de s’excuser de sa campagne de 2008 contre Bush et Cheney car il fait aujourd’hui la même chose, en a laissé plus d’un pantois.

Il y a aussi le phénomène Occupy Wall Street (OWS), qui rassemblait hier 5000 personnes à New York, le même nombre à Washington, alors qu’au même moment, il y en avait entre 5 et 10000 à Berlin, 15000 à Rome, de même à Francfort et dans d’autres villes. C’est un phénomène majeur, mais je pense qu’il est important que nous comprenions que ce ne sont pas les masses qui font l’histoire, jamais. Ça n’a été le cas ni lors de la Révolution française, ni lors de la Révolution américaine, même si cela peut apparaître comme tel. C’est toujours un petit groupe de personnes qui détermine ces changements dans le domaine des idées. Par exemple, la démocrate Marcy Kaptur du Congrès a félicité les gens du mouvement d’occupation de Wall Street et reconnu leur droit d’exprimer leur déception et leur frustration à l’endroit de la politique, mais ce n’est pas ça qui va changer l’histoire.

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Le mouvement occupy Wall Street : que la revendication d’un nouveau Glass-Steagall devienne leur revendication commune !


Ce qui peut infléchir le cours de l’histoire, c’est la reconnaissance du fait que le combat du siècle qui s’ouvre est la lutte entre le « système américain » et le système britannique. C’est cela qui déterminera le retour des Américains à une véritable République dans la tradition de Benjamin Franklin, d’Alexander Hamilton, de John Quincy Adams, de Lincoln, de Roosevelt, de Martin Luther King. Et c’est ce combat des États-Unis pour son identité qui est déjà en train d’être mené aujourd’hui. De la même façon, en Chine, en Russie et dans les autres nations, sommes-nous capables, dans la dynamique internationale actuelle, d’accompagner cette période de transition et d’élever la politique au niveau de la vision scientifique ? C’est ce qui va être déterminant.

Je pense qu’aujourd’hui, les Américains répondent à ce que Lyndon LaRouche représente. Il existe une reconnaissance à différents niveaux. Qui est derrière le combat pour le Glass-Steagall ? C’est nous, c’est notre mouvement ! Jour après jour, nous avons mené cette bataille, nous avons sollicité les congressistes quotidiennement, nous les connaissons. Nous sommes dans une situation de très grande friction. Et l’avantage des États-Unis sur le système parlementaire européen, est que les congressistes et les sénateurs sont élus directement par leur circonscription ; il ne s’agit pas de discipline de parti. Aux États-Unis, vous pouvez aller voir directement votre représentant, il vous répondra, parce que ce n’est pas le parti qui le désigne.

C’est pourquoi le système présidentiel américain est bien supérieur. En Allemagne, il n’y a pas de démocratie. Si vous voulez intervenir dans les « grands partis », vous devez être à 100% d’accord avec des génies comme Angela Merkel, y compris pour être élu dans le moindre quartier. Si vous avez une seule idée qui n’est pas en conformité avec la discipline du parti, vous n’avez aucune chance d’être désigné. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne est dans une situation si déplorable.

Les États-Unis sont différents, malgré l’énorme pression qu’exercent Wall Street et la Maison Blanche sur les représentants ; il y existe une dynamique toute autre. J’ai participé à une série de réunions à Washington qui valaient leur pesant d’or. Les principaux syndicats nationaux, les principales organisations agricoles, les organisations locales et régionales participent ensemble à une dynamique de mobilisation de guerre. Je pense que certaines choses seront décidées à haut niveau. Ce n’est donc pas simple, et le soulèvement du peuple américain contre l’injustice, même s’il jouera en partie un rôle, ne décidera pas de la direction que tout cela va prendre.

C’est la reconnaissance des idées de LaRouche aux États-Unis, en Russie, en Chine et en Inde qui va être déterminante. L’histoire des liens de LaRouche avec la Russie est très profonde, si l’on remonte par exemple à l’époque où il a développé l’Initiative de défense stratégique (IDS), qui avait pour but de mettre fin à la menace de guerre nucléaire, à la fin des années 70 et au début des années 80 ; l’OTAN et les pays du Pacte de Varsovie étaient alors dominés par la doctrine de Destruction mutuelle assurée (MAD en anglais) et des missiles de portée intermédiaire, les SS20 et les Pershing, déployables en quelques minutes, étaient braqués les uns contre les autres. Le début des années 80 était une période où un incident aurait pu déclencher une troisième guerre mondiale.

C’est à ce moment-là que LaRouche a développé l’IDS, qui fut une intervention décisive pour tenter de changer les structures de l’OTAN et du Pacte de Varsovie, en allant dans une direction totalement opposée qui consistait en une dynamique scientifique commune entre les deux super-puissances. Reagan a présenté ce projet le 23 mars 1983. Cela eut une grande résonance en Russie parmi beaucoup de scientifiques et de militaires du complexe militaro-industriel, ainsi que de nombreux académiciens. C’est alors qu’ils ont vu ce qui était publié dans le journal Étoile rouge (Red Star) et de nombreux autres journaux où Lyndon LaRouche était décrit comme « l’ennemi numéro un de l’Union Soviétique », où l’on lisait que si un gouvernement adoptait sa politique, ce serait considéré comme un Casus Belli. Ce fut énorme. Il y eut aussi cette célèbre photo d’Izvestia peignant LaRouche sous les traits de Rambo et moi en teutonne menaçant la France... Comme vous le voyez, je n’ai pas de cornes et je ne me suis pas spécialement rasée pour cette conférence.

Cela a mené à une situation dans laquelle tous ces militaires et tous ces scientifiques se sont demandés : « Mais qui est ce type, LaRouche ? » Et ils ont commencé à s’intéresser de plus près à lui, à lire ses écrits pour comprendre quelle était la pensée scientifique qui se cachait derrière. Il y eut ce grand scientifique, Taras Muranevski, qui nous a connus durant cette période et qui a diffusé plus que tout autre les écrits de LaRouche à travers toute la Russie. Il a montré que toute la pensée philosophique de Lyn s’appuyait sur les idées de Mendeleïev et de Vernadski. Il a ainsi facilité l’accès des scientifiques russes aux idées de LaRouche, dans la continuité de cette grande tradition scientifique russe. C’est la raison pour laquelle si vous tapez LaRouche en cyrillique sur internet aujourd’hui, vous tombez sur des milliers de pages internet commentant ses déclarations.

C’est la même chose en Chine. Si vous épelez correctement LaRouche en chinois, vous trouverez une montagne d’articles. Par exemple, un article récent dans la presse chinoise commente toute la politique de renflouement menée ici et se plaît à rappeler une « bien meilleure approche qui consiste à revenir à Roosevelt » et à sa politique du Glass-Steagall, du New Deal, de la Tennessee Valley Authority (TVA) et de la North American Water and Power Alliance (NAWAPA). Dans les médias chinois, il y a un débat portant sur la voie la meilleure qui permettrait de sortir de la crise. Nous sortirons de cette crise en amplifiant la résonance des idées de LaRouche dans tous ces pays et en faisant en sorte que ce qu’il dit à propos de la prochaine étape du développement de l’univers et le moyen de s’en sortir, soit reconnu. Et les gens vont répondre à ça !

Ce qui arrive plus généralement dans les populations aujourd’hui est un facteur déterminant et nous devons recruter et éduquer les individus pour leur faire comprendre cela. Mais je ne pense pas que ce seront les Tea Party ou le mouvement d’occupation de Wall Street qui vont redéfinir l’Histoire. Ici, nous devons nous assurer qu’ils ne vont pas dans la mauvaise direction, car l’ennemi exploite toujours le conflit, la division et la confusion. Hier cependant, dans le mouvement Occupy Wall Street, qui a eu des résonances dans le monde entier, on pouvait entendre que le Glass-Steagall était la chose à adopter en priorité. Idem dans le mouvement des indignés à New York, à Rome, en Espagne, à Francfort, à Stockholm, à Copenhague ou à Paris. Nous devons nous assurer que ces individus proposent des solutions, car un mouvement de protestation contre quelque chose n’a jamais rien créé et il est toujours possible de le manœuvrer dans une mauvaise direction. Il est trop facile pour l’ennemi d’utiliser ces mouvements de façon négative. A nous de former les leaders de ces mouvements à l’idée que le Glass-Steagall doit devenir leur revendication commune. Mais nous ne devons pas compter sur ces mouvements seuls pour mettre en œuvre nos solutions.

Question : Je voulais vous interroger à propos de l’axe États-Unis/Pacifique en considérant la Chine et la Russie comme ses principaux piliers. Il y a dans ces deux pays de gravissimes atteintes aux droits de l’homme ainsi qu’une corruption endémique. En Russie, on a l’exemple de l’affaire Anna Politkovskaïa, journaliste assassinée pour avoir dénoncé les crimes de l’armée russe et de ses alliés tchétchènes en Tchétchénie, et ce n’est pas un cas isolé. En Chine, la situation se présente différemment, mais elle est également gravissime en matière d’atteintes aux droits de l’homme et de corruption. Et on pourrait en dire autant des pays arabes, comme la Syrie. Quelle est la position des partis qui se situent dans la mouvance de Lyndon LaRouche à l’égard de ces crimes ?

HZL :
Je crois tout d’abord que chacun de ces cas doit être examiné de façon spécifique. Mais au préalable, je pense que toute cette discussion autour des droits de l’homme a été instrumentalisée par des gens qui ont des motivations géostratégiques. Qu’est-ce que j’entends par là ? Prenez l’Afghanistan par exemple. La Russie a reproché aux pays membres de l’Otan, aux États-Unis et à la Grande-Bretagne en particulier, de ne pas prendre part à la guerre contre la drogue. La drogue provoque chaque année 40 000 morts en Russie. De plus, le trafic de drogue finance l’essentiel des activités terroristes, dont celles d’Asie centrale, en Tchétchénie, en Inde, au Pakistan et ailleurs.

Je ne suis pas en train de couvrir des assassinats, mais c’est un fait que l’Empire britannique mène la danse. Considérez ses opérations visant à affaiblir la Russie ou même ses desseins géopolitiques de partition de la Chine !

Je ne dis pas que la Chine est gouvernée par le principe occidental des droits de l’homme. Les choses sont loin d’être parfaites... Mais si vous vous situez du point de vue où la Chine, dans l’ensemble, a fait beaucoup plus pour promouvoir le bien commun de sa population que n’importe quelle autre société, cela ouvre une perspective quelque peu différente. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il faut être attentif au vecteur de développement. Durant les quarante dernières années, le vecteur de développement en Chine a été de façon prépondérante très positif.

Ce pays a d’abord subi une situation de pauvreté extrême : la révolution culturelle (1966-1976) a plongé les gens dans la terreur et la misère ; près d’un milliard de personnes vivaient dans les conditions du Moyen-âge. Mais depuis les réformes de Deng Xiaoping ( fin des années 70), la Chine a connu un développement économique sans précédent qui a permis à environ 33 à 40% de la population d’accéder à un bon niveau vie. Et cela a été réalisé dans des conditions très difficiles : la population chinoise est la plus nombreuse du monde, les ressources sont très limitées, un sixième de la surface du pays seulement est exploitable pour l’agriculture, en partie pour des raisons géographiques – il y a de très belles montagnes, mais elles sont inexploitables. Néanmoins, d’énormes efforts ont été faits pour irriguer les régions désertiques du nord.

Un certain nombre de fois, la Chine a foulé aux pieds les droits de l’homme, par exemple lorsqu’elle a déplacé les populations autour du fleuve Yangtsé pour la construction du barrage des Trois Gorges. Cela a provoqué beaucoup de réactions à l’Ouest : « Toutes ces personnes déplacées de leurs villages vers d’autres régions ! ». Mais si vous reconnaissez que leur déplacement les met à l’abri des inondations, alors cela peut se justifier.

Je crois que nous devons avoir un regard plus nuancé. Car si un pays est généralement voué au bien commun de son peuple, – je dois préciser que j’ai été en Chine en 1971 en pleine Révolution culturelle et que depuis, je m’y suis rendue régulièrement, – je pense que ce qui l’exprime mieux que tout est ce vecteur de développement. De la même façon, je peux dire qu’en Europe, le vecteur de développement a pris le chemin inverse. Ici, le vecteur de développement, relatif à la démocratie, à la participation de nos élus dans le processus politique, est quasiment nul, et ce sera le cas aussi longtemps que l’Union Européenne aura sa forme actuelle. Peu importe pour qui nous votons, c’est bien l’UE qui dessine la politique ! Et bien souvent, contre les intérêts des pays membres.

Je ne dis pas que certaines choses ne doivent pas être corrigées en Chine et en Russie, mais je m’oppose totalement à cette attitude arrogante qui consiste à croire que nous Européens, nous Américains, pouvons décréter ce que sont les droits de l’homme, quand dans le même temps, nous sommes incapables de mesurer ce que ces différents pays sont en train d’accomplir pour leurs peuples.

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Pays leaders du monde transpacifique, la Russie et la Chine, accomplissent bien plus pour l’intérêt des générations futures que les pays du monde transatlantique. Ici le président russe Medvedev (à g.) avec son homologue chinois Hu Jintao.


Dans le cas des Russes, je pense que ce qui est actuellement déterminant est le choc qu’ils ressentent suite aux traitements que leur ont infligés les nations européennes depuis l’effondrement de l’URSS. Alors qu’ils représentaient la seconde superpuissance mondiale, on traite aujourd’hui leur pays comme une simple réserve de matières premières, comme s’il s’agissait d’un vulgaire pays du tiers-monde. C’est le traitement imposé à la Russie depuis 1991 par George Bush père, par Margaret Thatcher et par François Mitterrand. Je tiens à rappeler que durant la période allant de la chute du Mur de Berlin en 1989 à la désintégration de l’Union Soviétique en 1991, il existait une possibilité de bâtir un ordre mondial totalement différent. On aurait pu faire du XXe siècle un âge de paix, car enfin, il n’y avait plus d’ « ennemi », le communisme venait de s’écrouler. Il y avait la possibilité de développer tous ces pays par la coopération économique ; c’était très précisément l’objectif de notre projet de « triangle productif » et du concept de « pont terrestre eurasiatique » qui en fut l’extension.


Et du fait que nous étions des acteurs politiques actifs pendant cette période historique, – je ne suis pas en train de faire des commentaires : nous étions plongés au beau milieu de ce combat – nous étions en contact avec certains acteurs de l’industrie allemande pour qui le moment était venu de mettre en œuvre ces politiques de développement. Nous avons été témoins de l’assassinat d’Alfred Herrhausen (le directeur de la Deutsche Bank à l’époque), ainsi que de celui de Detlev Rohwedder (le premier directeur de la Treuhandanstalt, l’agence chargée de la privatisation des biens de la RDA) pour des raisons géostratégiques. Lesquelles ? Les intérêts financiers voulaient une politique de désindustrialisation, connue sous le nom de « thérapie de choc » et promue par Jeffrey Sachs en Russie sous l’ère Eltsine. En trois ans, le potentiel industriel de la Russie a été divisé par trois, ce qui a provoqué une véritable implosion démographique de la Russie. La Russie perdait un million d’habitants par an et la production était au point mort. La population russe a vécu cela comme une catastrophe absolue et comme un génocide. Il existe des livres très importants sur la question, ceux de Serguei Glaziev et du Pr. Menchikov par exemple, des patriotes et des scientifiques russes qui ont levé le voile sur cette période de l’histoire.

Et Poutine, qui a commencé très lentement à inverser les tendances et qui s’est levé contre les oligarques, a été confronté à une période très difficile et incertaine. On pourrait dire qu’il est allé trop lentement. Personnellement, je ne peux pas en juger, je ne suis pas suffisamment impliquée dans les affaires intérieures de la Russie. Mais ce que nous pouvons constater aujourd’hui est que l’inflexion des tendances a eu des effets. Il y a une orientation claire vers les technologies de pointe, vers une coopération scientifique avec la Chine, avec l’Inde, sans exclure les nations d’Europe occidentale. Poutine a clairement affiché sa volonté de coopérer avec l’Italie, la France, l’Allemagne, plutôt qu’avec l’Union Européenne.

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Les taïkonautes chinois et les cosmonautes russes n’attendent plus les astronautes américains et européens pour relever le défi de la conquête de l’espace.

 

Je pense qu’il faut considérer tout cela sans se focaliser à outrance sur de nombreuses imperfections, mais en comprenant que la coopération est la seule option sur la table. Si vous observez les puissances dans le monde, vous devez plutôt vous demander d’où doit venir le changement !

Je suis une vieille routière de la politique. J’ai mené des combats toute ma vie, je suis une politicienne à 100%, d’une espèce particulière certes, mais avec la patience requise pour sauver la civilisation de la catastrophe qui nous pend au nez. Et je constate chaque jour avec une inquiétude croissante que cette civilisation fonce tout droit dans le mur et à pleine vitesse. Nous sommes témoins des conditions inhumaines dans lesquelles vit pratiquement toute l’Afrique, nous sommes témoins de l’état mental des individus qui est presque aussi terrible que celui des gens mourant de faim. Je vois la culture que nous sommes en train de créer pour les jeunes, des jeunes de 18 ans qui se communiquent des films pornos par téléphone au sein de l’école. Où sont les responsables politiques qui prennent ces problèmes au sérieux ? Où est cette élite politique ? Où sont les hommes et les femmes de valeur, suffisamment sages pour s’élever et dire qu’ils se sont trompés, qu’ils sont dans un cul-de-sac dont nous devons nous sortir. Je n’en vois nulle part, excepté mon mari et quelques autres.

Et lorsque l’on dit que mon mari se présente avec une combinaison [de forces politiques] que nous savons nous-mêmes imparfaite, parce qu’elle implique de nombreux processus et de nombreux êtres humains qui ne sont pas non plus parfaits, je réponds que c’est l’unique option sur la table. Il faut se battre corps et âme, car il n’existe pas d’alternative. Pour moi, il n’est pas question d’accepter un âge des ténèbres. C’est la raison pour laquelle je fais ce que je fais et c’est la raison pour laquelle nous devons saisir ce moment de l’histoire, car il n’est pas dit qu’une nouvelle occasion se présente.

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