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L’exemple de l’Argentine : casser les règles du jeu

Le 14 décembre à 18:12

29 juin 2011 (Nouvelle Solidarité) – Dans les années 1990, l’Argentine jouait selon les règles du jeu. Elle appliqua toutes les mesures néolibérales en vogue à l’époque, pour finir dans une crise économique profonde, étouffée par des milliards de dollars de dettes impayables. En 2003, un mouvement populaire de masse similaire à celui des Indignados d’aujourd’hui en Espagne ou en Grèce, porta à la présidence Nestor Kirchner, qui cassa immédiatement les règles. Exerçant les pouvoirs d’un Etat souverain, il força les créanciers à manger leurs pertes, refusa de mettre en place les mesures d’austérité exigées par le FMI et remit peu à peu l’économie sur pied.

En 2007, son épouse Cristina Fernandez de Kirchner lui succéda, qui vient d’annoncer, ce 23 juin, sa candidature à la réélection en octobre. Dans le cadre de la politique appliquée par les Kirchner, l’économie argentine a atteint une croissance économique de 8% par an depuis 2003.

Comme feu son mari, la présidente Fernandez ne respecte pas la règle du jeu. A la suite d’une récente déclaration du Premier ministre britannique David Cameron, selon laquelle les îles Malouines « devraient rester un territoire souverain britannique – point final », elle a répliqué : « Au XXIème siècle, [la Grande-Bretagne] demeure une grossière puissance coloniale en déclin. » Pour elle, M. Cameron est « arrogant » et ses remarques sont une expression de « médiocrité et de stupidité ».

Cristina Fernandez a fait part de sa vision du futur le 10 juin, à l’occasion du lancement du satellite SAC-D Aquarius, fabriqué en Argentine, depuis la base Vandenberg en Californie. Très fière de ce satellite, qui mesurera les fluctuations de salinité des océans du monde, elle a déclaré : « Je pense que ces exploits reflètent la vraie nation, le pays que [nos ennemis] ne veulent pas voir se révéler. (…) C’est cette Argentine que nous devons mettre en avant chaque jour – ces enfants avec leurs netbooks et les instruments pour leur apprendre les activités spatiales et former de nouveaux scientifiques. »

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Cristina Kirchner avec les jeunes chercheurs en chimie biologique de l’Instituto Lenoir de Buenos Aires.
Crédit : www.casarosada.gov.ar (juin 2011)

« Je suis passionnée par mon pays, par la science et l’art. Pour moi, c’est la même chose. Ils apparaissent comme différents, mais je dis que la passion et la créativité dont un artiste fait preuve en sculptant, en peignant ou en concevant, est la même passion, ingéniosité et créativité que manifestent un ingénieur, un médecin ou un biologiste en regardant dans son microscope. »

Elle souleva aussi, non sans humour, un sujet important : « Il faut faire en sorte que nos enfants n’étudient pas autant le droit – et c’est une avocate qui vous parle – et ces comptables, nous en avons trop ! Savez-vous combien de comptables nous avons en Argentine ? Et de psychologues ? (…) Un jour, il faudrait découvrir d’où provient cette compulsion à devenir avocat, comptable ou psychologue. (…) Moi, je voudrais voir plus d’ingénieurs, de biologistes et de médecins, parce que c’est là que réside l’avenir, et c’est la solution à l’emploi de nos enfants (…). »

Cristina Fernandez de Kirchner fit remarquer que son mari avait inversé la politique des précédents gouvernements pro-FMI et commencé à augmenter les fonds alloués à la recherche scientifique et au développement après son arrivée au pouvoir. « Nous disposons de ressources humaines, mais les ressources humaines sans ressources financières ne peuvent rien faire. (…) L’Etat, dans un pays souverain, peut le faire. »

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