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La Belgique envisage-t-elle de participer à des frappes nucléaires ?

Le 19 octobre à 03:10

Par Guillaume Dubost, président d’Agora Erasmus et Karel Vereycken, fondateur d’Agora Erasmus.

Lundi 13 avril 2015 - Le débat sur le type d’avion qu’il faudra pour remplacer les 54 F-16 actuels de l’Armée belge fait éclater au grand jour un secret de polichinelle : bien que notre pays ait signé le Traité de non-prolifération (TNP) [1] et que 61 % des Belges souhaitent une Belgique dénucléarisée [2], plusieurs dizaines d’armes atomiques américaines restent stockées sur notre territoire.

Et la « modernisation » de ces armes, décidée par Obama, est le prétexte idéal pour obliger les alliés à « moderniser » leurs avions pour pouvoir les larguer efficacement sur « l’ennemi »

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Test d’un F-35 américain, l’avion le plus cher jamais construit.
Crédit : US Navy

Alors que nos parents avaient espéré nous épargner la crainte permanente d’une annihilation de l’humanité par l’arme atomique, la nouvelle « guerre froide » lancée par Washington contre les pays émergents (BRICS) risque de nous conduire à l’abîme. A nous de réagir.

La « force de frappe » belge ?

Depuis le début des années 1960, la présence d’ogives nucléaires sur la base de Kleine-Brogel (Peer, Limbourg) a été entourée d’un halo de mystère et n’a jamais été ni confirmée ni démentie par le gouvernement – à l’exception d’un aveu fait en 1988, par le ministre de la Défense de l’époque, Guy Coëme.

C’est le prix à payer lorsqu’on renonce en partie à sa souveraineté. « Au sein du gouvernement belge, très peu de personnes sont au courant du nombre exact de bombes à Kleine-Brogel », souligne Hans Kristensen, un expert de la Fédération des scientifiques américains (FAS) spécialisé dans l’armement nucléaire américain.

« Le ministre de la Défense, dit-il, est certainement au courant, le Premier ministre a peut-être été informé. Et s’ils décidaient de révéler l’étendue exacte de la présence d’armes nucléaires en Belgique, les États-Unis refuseraient toute confirmation ou infirmation. »

Six bases américaines, réparties sur cinq pays (Allemagne, Italie, Belgique, Turquie et Pays-Bas), accueillent 183 ogives nucléaires, selon Kristensen. La base de Kleine-Brogel abrite une vingtaine de bombes B61 dont la puissance peut atteindre les 170 kilotonnes en équivalent TNT, à comparer avec les 15 kt de celle larguée sur Hiroshima…

Dans le cadre de la dissuasion nucléaire américaine, l’OTAN est prête à larguer ces bombes américaines avec les bombardiers F-16 belges. Leur protection est assurée par les 130 militaires américains de la 52e Munition Support Squadron (MUNSS) de l’US Air Force.

Les conséquences d’une guerre nucléaire

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Les ruines de la ville d’Hiroshima au Japon, après une frappe nucléaire de 15 kilotonnes, le 6 août 1945.
Crédit : www.english.illinois.edu

A notre époque où l’on confond souvent le réel avec le virtuel, il n’est pas inutile de rappeler les effets directs et indirects de l’utilisation des armes nucléaires, car ils dépassent à tous égards ceux des autres armes de destruction massive.

D’abord, une onde de choc énorme dont la force atteint celle d’un ouragan, souffle tous les bâtiments dans un rayon important. L’onde thermique déclenche une tempête de feu inextinguible. Le rayonnement initial de neutrons et de rayons gamma provoque des doses de rayonnement mortelles à proximité de l’explosion tandis que les retombées irradient des zones situées jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres du point d’impact.

L’explosion atomique provoque également une impulsion électromagnétique qui rend inutilisables tous les appareils électroniques situés dans une zone étendue et qui paralyse les systèmes de communication. Enfin, en cas d’utilisation combinée de plusieurs armes nucléaires, la masse de poussières, de suies et de gaz toxiques formant le « champignon », qui est chassée dans l’atmosphère par la tempête de feu, reste en grande partie suspendue au-dessus de la région sinistrée, provoquant ainsi une baisse temporaire de la température (hiver nucléaire).

L’utopie suicidaire d’une guerre nucléaire limitée

La pression américaine pour l’acquisition de ces chasseurs bombardiers va de pair avec le programme de modernisation de l’arsenal nucléaire des États-Unis, initié en 2013 par le gouvernement Obama. Ce programme est aussi fortement critiqué, d’abord pour son coût exorbitant de 1100 milliards de dollars, mais surtout pour le danger qu’il représente. Theodore A. Postol, professeur émérite du Massachusetts Institute for Technology (MIT), a posé la question qui fâche dans le quotidien américain The Nation :

« Pourquoi l’administration entreprend-elle un programme ambitieux de modernisation des armes nucléaires augmentant de façon dramatique la menace d’une guerre nucléaire ? »

Et s’il y avait encore des doutes sur la cible d’une telle guerre, il ajoute :

« Une analyse détaillée du programme révèle qu’il s’agit d’un effort sophistiqué sur le plan technologique pour préparer les forces nucléaires américaines à un affrontement direct avec la Russie. »

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Le programme de modernisation révèle également que les Etats-Unis promeuvent l’utopie suicidaire qu’une guerre nucléaire limitée à l’Europe et l’Eurasie est envisageable !

Ils oublient que la Russie n’a pas la moindre intention de capituler devant la modernisation de la triade nucléaire américaine, ni devant le système antimissile de l’OTAN, et les pays des BRICS, en particulier la Chine, ont la ferme intention de la soutenir.

Le dindon de la farce

Dès 2014, le ministre de la Défense Pieter de Crem, alors candidat au poste de Secrétaire-général de l’OTAN, avait annoncé sa préférence pour le F-35 américain de Lockheed Martin.

Pourtant, de nombreux spécialistes de l’aviation militaire sont très critiques sur la fiabilité technique du F-35, et sur ses capacités opérationnelles. Pierre Sprey, co-concepteur du F-16, le compare même à une « dinde », qui ne pourrait pas tenir face à ses concurrents comme le Rafale français ou le Gripen suédois. Et même de l’intérieur du Pentagone, le doute s’installe quant à la fiabilité de l’appareil.

Avec leurs propres arguments, les députés Dirk Van der Maelen (sp.a) et Alain Top (sp.a) ont donc raison de refuser le choix du F-35 que veut nous imposer l’état-major de l’armée. Alain Top a dénoncé l’absence de transparence dans le processus des appels d’offres.

C’est l’état-major de l’armée qui a rédigé le questionnaire biaisé utilisé dans ce processus, à la demande de l’ex-ministre de la Défense, Pieter De Crem. Mais la demande n’a jamais été soumise au Conseil des ministres. Alain Top ironise que cette façon de faire est digne d’une dictature militaire, « où les généraux décident pour le gouvernement quel matériel il faut acheter. »

Pour sa part, Van der Maelen estime que :

« Moderniser les bombes tactiques qui sont à Kleine-Brogel comme l’ont décidé les États-Unis, risque d’être une invitation faite aux Russes pour qu’ils modernisent à leur tour leur arsenal tactique. Cela relancerait la course à l’armement, alors que depuis des années la tendance est au désarmement. Or, le désarmement, c’est la politique officielle de notre gouvernement. L’accord de gouvernement prévoit que la Belgique va se joindre aux efforts de ceux qui veulent diminuer la présence de l’arme nucléaire sur la planète. Accepter la modernisation des bombes stationnées chez nous, c’est contraire à cet accord de gouvernement. »

Dans un communiqué, le député Groen Wouter De Vriendt ajoute que poursuivre la procédure de remplacement rend inutile tout débat sur le futur de l’armée :

« Est-ce la défense que nous souhaitons ? Une défense autour d’une aviation musclée à l’américaine qu’on déploie en première ligne dans une guerre et capable d’intervenir, le cas échéant, dans une guerre nucléaire ? »

La guerre est à l’ordre du jour

Comme d’autres, De Vriendt s’étonne et semble tomber des nues lorsqu’il se rend à l’évidence que pour les Etats-Unis d’Obama, pourtant prix Nobel de la paix, et l’OTAN, se doter de moyens plus performants pour mener une guerre thermonucléaire est à l’ordre du jour !

Soyons plus clair : l’OTAN, qui a provoqué la Russie en trahissant sa parole donnée en 1989, en organisant, de façon méthodique, son élargissement à l’Est, a adopté de nouveau une politique de « chantage nucléaire ». Sa volonté de puissance est telle que Victoria Nuland, la secrétaire d’État américaine adjointe aux affaires eurasiatiques, n’hésite pas à soutenir ouvertement des mouvement néo-fascistes à Kiev !

Seules des ignorants ou des imbéciles continueront donc à croire qu’un choix gouvernemental en faveur de l’achat de F-35 n’apparaîtra pas comme un chèque en blanc en faveur d’une doctrine militaire belliqueuse qui, au lieu de nous offrir de la sécurité, nous conduit vers le danger.

La Belgique, au nom de sa neutralité historique, doit taper du poing sur la table : ou bien l’OTAN et les États-Unis renoncent à leur doctrine actuelle, ou bien la Belgique quittera cette institution surannée dont le siège pourrait très bien, en cas de besoin, être délocalisé.

L’alternative

Quant à l’achat des F-35, rien que les questions budgétaires et économiques suffisent pour opter en faveur d’un autre choix. Comme l’ont démontré les calculs présentés par Van der Maelen et Top sur la base des coûts réels payés par d’autres pays acquéreurs, le devis présenté par l’Etat major, de 4 à 5 milliards d’euros pour une quarantaine d’avions (deux fois le budget belge de la défense…), est totalement sous-évalué. Rien que les coûts d’entretien annuel représentent la moitié des coûts de fonctionnement de toute l’armée belge (Air/Mer/Terre) ! Consacrer 5 milliards d’euros pour une armée unidimensionnelle qui ne sait que bombarder ? Bonjour la défense !

Economie

Les F-16 dont dispose actuellement notre aviation ont été fabriqués par la SONACA à Gosselies en Belgique. Les F-35 le seront par Lockheed Martin aux Etats-Unis. Par souci budgétaire et industriel, la Belgique, comme alternative, pourrait s’équiper, à moindre prix, de Rafales, un des meilleurs avions du monde et totalement polyvalent.

Le Groupement d’intérêt économique (GIE) Rafale, composé de Dassault Aviation, de Safran (Snecma) et de Thales, nous offre « un transfert de technologie à 100% », sans aucune restriction, et un « programme de coopération industrielle qui assure à la Belgique un retour économique au moins équivalent à l’investissement qu’elle fera dans le remplacement des F-16 », précise le vice-président principal de Dassault Aviation et directeur du bureau bruxellois du GIE Rafale, Yves Robins.

GIE Rafale « ne privilégie pas une approche comptable, mais plutôt une stratégie de coopération à moyen et long terme qui soit réellement structurante pour l’avenir de l’industrie aéronautique belge », a assuré M. Robins.

Dassault est un partenaire naturel et déjà le principal actionnaire de la Société anonyme belge de construction aéronautique (SABCA) avec des sites de production à Bruxelles, à Charleroi et au Limbourg. Enfin, la formation des pilotes de chasse belges se fait en France, ce qui ne peut être qu’un atout supplémentaire.

Vu l’ensemble de ces éléments, Agora Erasmus exige :

- Le renoncement définitif à l’achat des F-35 ;

- La reconnaissance officielle par l’Etat belge de la présence d’armes nucléaires à Kleine-Brogel, dont nous exigeons le renvoi aux Etats-Unis ;

- L’arrêt immédiat du projet de renouvellement des armes nucléaires ;

- Le respect du Traité de non-prolifération ratifié par la Belgique ;

- L’annulation de toute participation à une alliance militaire dont la doctrine se fonde sur l’utopie suicidaire d’une guerre nucléaire limitée.

[1] La présence d’armes nucléaires américaines sur le territoire européen est difficile à concilier avec les Articles I et II du TNP. Selon l’Art. I : « les NWS (les Etats Nucléaires) ne peuvent transférer à qui que ce soit, ni directement, ni indirectement, des armes nucléaires et autres dispositifs nucléaires explosifs, ni leur donner le contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs &raquo ;. L’Art. II stipule encore plus clairement que les NNWS, Etats Non Nucléaires (dont la Belgique, l’Allemagne, L’Italie, les Pays-Bas, la Turquie) s’engagent « à n’accepter de qui que ce soit, ni directement, ni indirectement, le transfert d’armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires ou du contrôle de telles armes nucléaires ou de tels dispositifs explosifs ».

[2] D’après une étude de l’Université d’Anvers.

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