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La Catalogne, ballon d’essai pour la gestion du chaos qui vient ?

Le 18 novembre à 16:11

 

 

Par Karel Vereycken, fondateur d’Agora Erasmus

Le 6 octobre 2017, Ekaterina Blinova de l’agence de presse russe Sputnik International s’est entretenue avec Karel Vereycken sur les enjeux et les conséquences du référendum catalan.

 

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La flambée séparatiste frappant aussi bien l’Irak que l’Espagne fait peut-être parti d’un plan plus vaste visant à « balkaniser » l’Europe et le Moyen-Orient. C’est la question posée par le vice-président de Solidarité & Progrès Karel Vereycken qui se réfère au projet de Léopold Kohr visant à « cantonaliser » les pays européens en une myriade de mini-Etats autogouvernés.

Le référendum catalan du 1er octobre provoque des tensions considérables en Espagne. « Madrid est en mode panique. La Banque d’Espagne, dans son rapport de septembre, rappelle que l’Etat espagnol a injecté 54,3 milliards d’euros d’argent public dans son système bancaire vérolé. Jusqu’ici, seulement 3,8 milliards ont été remboursés par les banques. L’Etat espère récupérer quelques dix milliards supplémentaires. Cependant, la note est salée car c’est bien 40 milliards d’euros du contribuable qui seront engloutis par le renflouement de banques en faillite uniquement pour sauver le système euro », s’inquiète Vereycken.

Dans ces circonstances, la perspective que la Catalogne, qui, d’après les chiffres de 2016, représente 19% du PIB espagnol, « quitte » le pays et récolte ses propres impôts comme le font déjà les Basques, représente un cauchemar pour Madrid.

Si les Catalans annoncent que 90,18% des électeurs ont voté « pour l’indépendance », il est totalement impossible, pour tout démocrate honnête, de reconnaitre la validité du résultat. En effet, le référendum du 1er octobre s’est déroulé dans des conditions chaotiques : présence irrégulière des urnes, happening dans la rue, non-vérification des identités des électeurs, forte présence de la police, intimidations des indépendantistes, etc..,

Madrid aurait sans doute dû trouver un moyen d’organiser un référendum local à titre consultatif permettant de connaître l’avis des Catalans. Sa mise en place en Ecosse a conduit à une défaite des sécessionnistes. Et si vraiment la majorité des Catalans désiraient partir, leur départ aurait pu s’organiser pacifiquement à la manière du « divorce de velours » entre la République Tchèque et la Slovaquie en 1993.

« Ce à quoi nous assistons en Espagne, est sans doute quelque chose de très différent. Car, au-delà des égos et des calculs des politiciens locaux, le ‘timing’ de ce qui arrive en Catalogne, me fait croire qu’il s’agit d’un ballon d’essai d’un nouveau mode de gestion du chaos organisé à partir du haut »
, précise Vereycken.

Vereycken fait ici allusion au livre intitulé The Breakdown of Nations publié par l’économiste autrichien Léopold Kohr, un protégé de Winston Churchill.

Pour Kohr, le morcellement des grands Etats-Nations en petites entités étaient la seule façon de briser les résistances à un super Etat européen. Dès 1941, Kohr préconisait que l’Allemagne, la France, l’Italie, la Russie et d’autres pays soient « cantonalisés ».

Vereycken craint qu’on assiste actuellement à la mise en œuvre de ce plan :

Pour le noyau dur des Européistes, les grands Etats-nations européens doivent être découpés en entités d’environs 5 à 8 millions d’habitants. C’est comme cela qu’on fera accepter à la population européenne l’idée d’un Etat supranational. Cela correspond à la taille de la Catalogne, des Flandres, de l’Ecosse, de la Lombardie, etc.

A l’origine, le plan d’une Europe fondée sur des entités ethnico-culturelles « pures » figuraient dans les plans d’Adolf Hitler. Étonnamment, cette idée fut reprise par Churchill et les Britanniques dans l’après-guerre.

« Ils voulaient casser le dos du général De Gaulle qui s’opposait à une Europe fédérale composée de ‘régions’ et défendait une ‘Europe de l’Atlantique à l’Oural’, c’est-à-dire une alliance et une coopération d’Etat-nations souverains », souligne Vereycken.

« Pour leur part, les Britanniques cherchaient, par leur politique de ‘diviser pour régner’, à faire de l’Europe une zone tampon qu’ils pouvaient instrumentaliser dans un grand jeu d’échecs géopolitique contre la Russie et le reste de l’Eurasie ».

D’après Vereycken, l’émergence des BRICS et la mise en œuvre, sous direction chinoise, de la politique des Nouvelles Routes de la soie, acculent l’oligarchie financière mondiale « de faire tout ce qui est en son pouvoir pour détruire ce qui constitue la source principale de résistance contre leur agenda mondialiste : les Etats-nations ».

Vereycken cite un article publié en 2016 documentant le fait que l’Open Society de George Soros a financé certaines organisations sécessionnistes.

« Madrid montre un grand intérêt à se joindre à l’initiative de la Nouvelle Route de la soie, une raison suffisante pour devenir une cible de déstabilisation », hypothétise-t-il.

Vereycken estime que Bruxelles ne s’oppose pas tant que ça à la désintégration de l’Espagne, car, à long terme, des entités plus réduites sont bien plus faciles à dompter.

« Si la Catalogne quittait l’Espagne, l’establishment bruxellois, après une session assez courte de cris d’orfraies, offrira à la Catalogne tout ce dont elle a besoin : un marché (l’UE) et une monnaie (l’euro) », dit-il.

L’affaiblissement systématique des frontières nationales et la confiscation du pouvoir des prérogatives des Etats membres sont une incitation, pour des ‘nations sans Etat,’ à faire le saut hors des frontières actuelles (…) La plupart des grandes métropoles ont déjà leurs sales combines avec Bruxelles et ceci hors de tout cadre national.

L’idée de Kohr a été reprise. « En 2004, un autre livre, The Size of Nations (De la bonne taille des nations), écrit par Alberto Alesina et Enrico Spolaore a également promu l’idée folle que l’intégration économique dans une même zone monétaire offre les conditions idéales pour redessiner, à l’intérieur de cette zone, les frontières », précise Vereycken.

Pour Vereycken, si cette manipulation devient fonctionnelle au sein de l’UE, elle « sera évidemment exportée en Chine et dans la Fédération russe… »

« Le grand krach vient de commencer » avertit Vereycken. « Ceux au sommet rêvent d’un Nouvel Âge des ténèbres où triomphent la boucherie mutuelle et la division sans fin ».

L’alternative, aussi bien pour l’Europe que pour le Moyen-Orient, c’est de bâtir un grand projet de développement mutuel, c’est-à-dire le type de projet gagnant/gagnant proposé par ceux qui, en Asie centrale et en Chine, nous proposent la connectivité infrastructurelle que représente « l’Initiative Une ceinture, une route ». Le dicton chinois reste valable aujourd’hui : « Si tu veux t’enrichir, commence par construire une route ».

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