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La dette française, un cas d’école de « l’occupation financière »

Le 22 juin à 14:06

Par Karel Vereycken

Mardi 6 mai 2017 - Pour comprendre ce que veut dire Jacques Cheminade lorsqu’il parle d’« occupation financière », rien de mieux que l’exemple de la dette française.

Détenue par les banques et les fonds d’investissement, la dette française est passée de 239 milliards en équivalent euros en 1979, à 2170 milliards à la mi-2016, soit 98,4 % du produit intérieur brut français.

En réalité, la France ne rembourse pas sa dette mais emprunte en permanence pour en payer les intérêts et obtenir un peu d’argent frais. En clair, sabrer dans les dépenses publiques (santé, éducation, culture, etc.) ne permet même pas de réduire la dette mais seulement d’en payer les intérêts…

Depuis 1973, la France a versé quelque 1400 milliards d’euros en seuls intérêts à ses créanciers privés et institutionnels, soit l’équivalent des deux tiers du principal du montant total de la dette actuelle de l’Hexagone (2179 milliards d’euros).

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Aujourd’hui, près de 200 milliards d’euros d’emprunts nouveaux sont émis chaque année, à la fois pour rembourser les anciens emprunts et pour financer le déficit budgétaire de l’année. Pour émettre ces nouveaux titres, l’Agence France Trésor (AFT), qui gère la trésorerie et la dette de l’État, s’appuie sur un réseau d’une petite vingtaine de banques avec lesquelles elle entretient des relations privilégiées et qu’on appelle les « spécialistes en valeur du Trésor », ou SVT. Ces derniers ont un rôle d’animation du marché de la dette publique mais aussi de conseil et d’assistance à l’Agence France Trésor, chargée de gérer celle-ci.

Les États-Unis ont été le premier pays à mettre en place un réseau de SVT (les primary dealers) pour appuyer la politique d’émission de la dette publique en 1960. Le modèle s’est ensuite exporté dans les autres pays industrialisés à partir du milieu des années 1980, puis dans les pays émergents à partir des années 1990.

En principe, plusieurs types d’établissement sont éligibles au statut de primary dealer. Toutefois, dans les marchés des pays avancés, les établissements sélectionnés pour intégrer le réseau de SVT sont presque exclusivement des banques systémiques.

Les SVT assurent la liquidité du marché des valeurs du Trésor, afin d’être prêts en permanence à acheter et à vendre ces titres, à l’intérieur d’une fourchette de prix. Le plus souvent les obligations sont revendues à des compagnies d’assurance qui les intègrent dans des produits d’assurance-vie, mais elles peuvent aussi être achetées par d’autres types d’institutions financières (fonds de pension, banques centrales, etc.)

Pour la dette française, seules 18 grandes banques internationales sont accréditées :

 5 américaines : Citigroup, Bank of America-Merrill Lynch, Morgan Stanley, JPMorgan Chase et Goldman Sachs ;
 4 françaises : BNP Paribas, Natixis, Société générale, Crédit agricole ;
 3 anglaises : Barclays Bank, HSBC, Royal Bank of Scotland ;

- 2 allemandes : Deutsche Bank et Commerzbank ;

- 1 suisse : UBS ;

- 1 canadienne : Scotiabank ;

- 1 japonaise : Nomura ;

- 1 espagnole : Banco Santander.

La plupart de ces banques forment bien le cœur de ce que François Morin a qualifié d’oligopole bancaire. Flagrant délit de blanchiment d’argent en provenance de la drogue ou du terrorisme, manipulation du Libor (le taux de référence pour un marché de 350 000 milliards de dollars), spéculations insensées, conflit manifeste d’intérêt à tous les étages, rien n’y fait : le caractère « systémique » (too big to fail) offre à ces banques le statut de maîtres du monde dotés d’une impunité défiant l’imagination.

Impunité

Parmi les 18 banques mentionnées, alors que les françaises étaient majoritaires à la fin des années 1990, le réseau des SVT s’est internationalisé en suivant la hausse de la part de dette d’État détenue par des non-résidents.

Ainsi, ce sont les « marchés » (comprenez les banques) qui finissent par directement dicter sans vergogne leurs desiderata pour nos choix électoraux.

Car, après le « risque Le Pen », les investisseurs évoquaient le « risque Mélenchon ». Le spread France-Allemagne - c’est-à-dire l’écart du taux à 10 ans entre ces deux pays - a même brutalement augmenté à 70 points de base après la publication d’un sondage créditant JLM de 18 % d’intentions de vote.

« Même si cette progression ne remet pas en cause l’idée d’un second tour entre Le Pen et Macron, la vitesse de la hausse de Mélenchon dans les sondages pourrait mettre la pression sur la dette française, s’inquiétait la Société générale. Il existe encore un fossé entre lui et les deux principaux candidats, renchérissait Deutsche Bank, mais il est important de regarder si ce moment positif pour Mélenchon se poursuit et si l’écart se rétrécit encore. »

Ainsi, à force de brandir des menaces apocalyptiques pour nous effrayer, les marchés financiers, détenteurs de la dette nationale, s’invitent de facto dans le processus démocratique en se sont démenant pour influencer le choix des électeurs. Alors camarade, vas-tu voter Deutsche Bank ou BNP-Paribas ?


Source : Solidarité & Progrès

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