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La menace croissante d’une guerre nucléaire

Le 23 avril à 19:04

Par Christine Bierre

Jeudi 7 mai 2015 - Les pacifistes ont souvent crié au loup face au danger des armes nucléaires. Aujourd’hui cependant, la menace est si réelle que le 29 avril, 30 généraux et diplomates à la retraite, américains, russes, chinois, indiens, britanniques, allemands, français, pakistanais, sud-coréens, et israéliens, ont mis en garde contre le danger de guerre nucléaire qui pèse sur le monde.

C’est un rapport publié par la Commission Zéro-Global qui milite pour la fin de toutes les armes nucléaires, présidée par le Général James Cartwright, ancien vice-président du Comité de l’état-major conjoint des États-Unis. Une tribune cosignée dans le New York Times du 19 avril par le Général Cartwright et le Général russe Vladimir Dvorkin, ancien chef des renseignements de la Force stratégique des missiles russe, avait annoncé sa parution.

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Pour la première fois, les gardes d’honneur des armées chinoises (photo) et indiennes défileront le 9 mai à Moscou pour commémorer la défaire du nazisme.
Crédit : PLA

Source de leur inquiétude ? La doctrine de « lancement-sur-alerte ». Selon la Destruction mutuelle assurée (MAD), doctrine militaire en vigueur depuis la guerre froide, trois scénarios peuvent déclencher une guerre nucléaire : la première frappe, le lancement-sur-alerte et la riposte nucléaire à une attaque. La décision du lancement-sur-alerte est prise par une nation lorsque des informations provenant de ses satellites ou radars indiquent le lancement des missiles ennemis à leur encontre. Problème : cette décision doit se prendre en un temps record, avant que les missiles intercontinentaux de l’adversaire n’achèvent leur propre trajet de 15 à 30 minutes et pénètrent leur sanctuaire !

En temps normal, face à un tir qui pourrait même être accidentel, les responsables politiques et militaires se sont toujours parlés. Mais depuis la crise ukrainienne, militaires américains et russes ont rompu tout contact ! Les responsables demandent donc la suppression de la procédure de lancement-sur-alerte et le rétablissement du dialogue direct.

La Russie encerclée

Au même moment, la IVe conférence internationale sur la sécurité organisée à Moscou, confirmait combien le monde est à nouveau au bord de l’abîme. Des représentants militaires de plus de 70 pays, dépassant de loin la liste de « proches » de la Russie, ont participé à cette conférence. Outre les russes, ont pris la parole les ministres de la Défense de la Chine, l’Inde, l’Iran, l’Afrique du Sud, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Vietnam et beaucoup d’autres.

Parmi les pays de l’OTAN on ne trouvait que Panos Kammenos, Ministre grec de la défense et Jean Pierre Chevènement, Représentant Spécial du Ministre français des Affaires étrangères.

Ouverte par des propos de Vladimir Poutine, relayés par le conseiller à la sécurité nationale Nikolay Patrushev, et par les interventions des ministres russes des affaires étrangères et de la Défense, Serguei Lavrov et Serguei Shoigou, et par celle du Chef d’État-major des armées russes, le Général Valeri Guerassimov, les responsables russes se sont livrés a un réquisitoire de l’ordre international issu de la chute du mur de Berlin, exigeant le retour à l’ordre issu de la IIe guerre mondiale.

Les célébrations du 70e anniversaire de la victoire contre le nazisme ne sont pas qu’un rappel historique mais une mise en garde contre la menace de la glorification du nazisme aujourd’hui, ou celle, comme l’a dit le Général Shoigou, de « ces pays qui se considèrent comme les vainqueurs de la guerre froide et qui veulent imposer leur volonté aux autres ».

Cible des Russes, les systèmes anti-missiles des États-Unis en Europe et le déploiement, sous leur couvert, d’autres armes nucléaires tactiques. M. Guerassimov a dénoncé là une « violation par les États-Unis … du traité de forces nucléaires intermédiaires ». Les systèmes MK-41 déployés en Pologne et en Roumanie, peuvent, en effet, lancer aussi bien des intercepteurs SM-3 anti-missiles, que des missiles de croisière Tomahawk.

Tous ont noté, enfin, que les manœuvres accrues de l’OTAN ont toutes lieu dans son flanc est et dans celui de l’Arctique et constituent donc un menace claire « contre la Russie ».

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Comment empêcher une guerre nucléaire ?

Par Karel Vereycken

La question que pose ce titre, immergés que nous sommes dans la banalité et la dérision superficielle de notre culture ambiante, risque de faire ricaner certains.

Pourtant, il s’agit bien du titre de la tribune publié le 19 avril 2015 dans les pages du New York Times, cosignée par deux militaires de très haut niveau : du coté américain, le général James E. Cartwright, ancien commandant de l’US Strategic Command et ancien vice-président du Comité des chefs d’état-major interarmées, et du coté russe, le major-général à la retraite Vladimir Dvorkin, ancien négociateur des traités de désarmement et haut responsable de la défense.

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Pour écarter la menace d’une guerre nucléaire, militaires russes et américains soulignent l’extrême urgence de rétablir des canaux de communication directs, rompus depuis la crise ukrainienne. Ici le général américain le général James E. Cartwright, ancien commandant de l’US Strategic Command.
Crédit : U.S. Dept. of Defense

Pour ces deux experts, avec la crise ukrainienne, c’est tout l’environnement stratégique qui se dégrade et menace la stabilité des relations Est-Ouest. La preuve ? Lors du bras de fer en 2014 sur la Crimée, les plus hautes autorités de la défense russe ont conseillé au Président Poutine de mettre l’arsenal nucléaire russe en état d’alerte. Une réalité qui permit sans doute à Paris et Berlin de prendre conscience que la paix mondiale s’y jouait.

Cependant, nous disent ces militaires, les efforts diplomatiques ne suffiront jamais pour calmer les tensions.

Premier danger, constatent-ils, le fait que la doctrine militaire de la Destruction mutuelle assurée (MAD), adoptée lors de la guerre froide, reste de mise. Or cette doctrine prévoit trois scénarios conduisant un État à déclencher le feu nucléaire : la première frappe (First Strike), le « lancement-sur-alerte » (Launch On Warning, LOW) et la deuxième frappe, c’est-à-dire la riposte nucléaire post-attaque.

Lors de la deuxième option, celle du lancement-sur-alerte, la décision de lancer ses propres missiles doit se prendre dans un temps record, c’est-à-dire avant que les missiles intercontinentaux de l’adversaire achèvent leur propre trajet de 15 à 30 minutes et pénètrent votre sanctuaire. Cette décision s’effectuera sur la base d’informations provenant de vos satellites de veille ou de vos radars au sol.

Pour les auteurs, cette option représente des dangers de plus en plus énormes, puisque des provocations ou des erreurs peuvent conduire le monde à la catastrophe.

Rappelons que chaque protagoniste dispose de plus de 2 000 ogives nucléaires prêtes à être lancées avant l’arrivée des fusées adverses, soit suffisamment pour détruire plusieurs fois l’ensemble des États-Unis ou de la Russie. Une fois lancées, ces ogives ne peuvent pas être rappelées ou neutralisées. Le lancement-sur-alerte expose le monde, depuis au moins 30 ans, au risque d’une guerre nucléaire qui pourrait être causée par une simple coïncidence d’un radar ou d’un détecteur à bord d’un satellite, ou encore par un pépin informatique, et par le manque de vivacité d’un esprit humain pour se rendre compte que le message indiquant une attaque est erroné.

Bien sûr, affirment les auteurs, en théorie, « aucun chef d’État sain d’esprit » ne lancerait une attaque nucléaire complète sur l’adversaire en apprenant qu’un seul, ou un petit nombre de missiles étaient lancés par l’adversaire, car il pensera qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une attaque intentionnelle.

« Cependant, la doctrine du lancement-sur-alerte reste aujourd’hui de mise, aussi bien en Russie qu’aux États-Unis, et fait perdurer le risque, aussi petit qu’il puisse être, d’une erreur cataclysmique. Et ce risque devrait inciter les présidents russe et américain à éliminer conjointement ce concept de leurs doctrines. »

À la place, des pourparlers directs entre militaires des deux cotés devraient permettre de lever toute ambiguïté. Seulement… depuis la crise ukrainienne, les militaires américains et russes ont rompu tout contact.

Il est grand temps de le rétablir. Et pour marquer la volonté de réduire les tensions inutiles, les États-Unis et la Russie devraient renoncer à toute manœuvre de lancement de missile mettant à l’épreuve les systèmes d’alertes précoces.

Voilà ce qui pourrait être une contribution significative à la stabilité stratégique menacée. Et ultérieurement, l’abandon du concept de lancement-sur-alerte pourrait formellement venir s’inscrire dans un nouveau traité de réduction des armements START.

Conclusion des auteurs :

« Dans des périodes de tensions plus grandes et de temps de décision plus réduits, l’éventualité d’une erreur humaine et technique dans les systèmes de contrôle augmente. Le "lancement-sur-alerte" est une relique de la Guerre froide dont le risque dépasse de loin la valeur. Nos dirigeants doivent se parler d’urgence et, nous l’espérons, bannir ce protocole obsolète avant qu’une erreur dévastatrice ait lieu. »

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