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La route vers Mars passe par l’industrialisation de la Lune

Le 17 octobre à 02:10

Par Rudolph Bierent, chercheur à l’ONERA Le 15 octobre 2011

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Lorsqu’on cherche à imaginer ce que sera l’humanité dans cent ou deux cents ans, on a du mal à se dire qu’elle ne se sera pas étendue au-delà de la Terre. Si on n’imagine pas ce genre de scénario, on se condamne à gérer pendant de longues générations les ressources d’un monde fini.

Moi, je pense qu’on n’échappera pas à un désir, et surtout à un besoin de nous étendre. Nous sommes plongés au milieu de l’espace et ce n’est pas une barrière. Nous avons un monde immense autour de nous. La plupart des gens disent sans doute qu’il s’agit d’une mission futuriste qui incombe aux générations futures. Mais si aujourd’hui on ne lance aucun projet, aucune recherche, si on ne crée aucune compétence, si aujourd’hui on ne relève pas ce défi vers l’inconnu, que donnera-t-on de plus aux générations futures ? Est-ce qu’on a les moyens aujourd’hui de se lancer dans cette aventure ? Je ne sais pas si tout le monde en a conscience, mais la France a un potentiel technique et scientifique exceptionnel dans le spatial et ce potentiel n’attend qu’à être stimulé.

Je vais essayer de décrire rapidement ce potentiel. On a de grands groupes : Thales Alenia Space qui fabrique beaucoup de satellites aujourd’hui ; on a la SNECMA dont on a entendu parler pour l’aérotrain et qui a fabriqué le moteur de la fusée Ariane ; on a EADS qui fait des études sur les turbines, la combustion, les écoulements ; on a SAGEM qui fait de l’optique et de l’électronique embarquée ; on a déjà tout cela en France. Il existe également des instituts qui ont une mission publique, dont l’ONERA où je travaille, qui est également une institution fondée par de Gaulle après la guerre pour soutenir le spatial. Là où personne n’attendait la France, elle a démontré qu’elle pouvait être une puissance spatiale. L’ONERA a une mission plus scientifique, une mission de prospective qui consiste à imaginer de nouvelles technologies qu’elle livre ensuite à l’industrie. Nous sommes là pour aider l’industrie à se développer.

Au-delà de ces grands groupes et des instituts de recherche, il existe également en France un large tissu de petites entreprises, des PME disposant d’un savoir-faire très spécifique, qui répondent à des commandes de ces grands groupes qui ne savent pas tout faire. Ces PME fabriquent tel composant ou tel matériau. Tout ce tissu industriel est aujourd’hui livré à lui-même ; c’est un secteur privé qui envoie des satellites de télécommunications. Dans un premier temps, c’était très bien ; mais ensuite, on en a rajouté et cela nous permet aujourd’hui d’avoir des chaînes de télévision supplémentaires...

Cependant, pour moi, l’espace ne doit pas se réduire à une simple exploitation industrielle. On voit bien que le privé ne peut pas se lancer tout seul dans une aventure spatiale, comme il n’aurait pas pu se lancer tout seul dans les satellites de télécommunications. Un grand effort nous a permis d’avoir la fusée Ariane et l’aérospatiale française. Maintenant, on bénéficie de ce large tissu industriel qui n’existe pas, par exemple, en Espagne ou en Italie. Nous avons énormément de chance d’avoir tout cela en France.

Mais, si on ne stimule pas ces entreprises par un grand projet, par une décision publique, autant dire politique, on sera condamné à perdre notre savoir-faire. Et comme je vous l’ai dit, ça ne sert à rien d’attendre les générations futures. Si on ne leur donne pas les moyens aujourd’hui, elles ne feront rien de plus que nous.

Quel programme spatial ?

Il faut donc avoir un programme spatial, mais lequel ? On a déjà plus ou moins investi l’orbite terrestre. La prochaine étape qui s’ouvre naturellement à nous, c’est la Lune. Or, on y est déjà allé ; on a déjà démontré qu’on est capable de s’y rendre. C’est déjà un énorme défi technique.

Le monde a connu un énorme élan d’enthousiasme que je n’ai pas eu la chance de vivre. Depuis lors, il ne s’est rien produit de très important. Mais que reste-t-il à faire avec la Lune qui ait un large potentiel ? On peut la considérer comme une gigantesque mine avec énormément de métaux : du titane, de l’aluminium, du fer. En plus de cette énorme richesse minière, on a des conditions exceptionnelles d’exploitation qu’on n’a pas sur Terre, pour purifier et faire des alliages avec ces métaux. Sur Terre, on est très gêné par l’atmosphère ambiante : la présence d’oxygène altère la qualité de nos métaux. On essaye donc d’avoir des conditions de vide pour avoir des métaux de qualité. Or, sur la Lune, on a ces conditions gratuitement et en plus, elles sont bien meilleures que tout ce qu’on a jamais pu faire sur Terre. On peut donc très bien imaginer une industrie sur la Lune où l’on extrait ses ressources et où on les traite avant de les exporter vers la Terre. Avec le titane parfaitement purifié en provenance de la Lune, on pourra construire des ponts qui ne se corroderont jamais et qui pourront durer mille ans ! Cela ouvre donc la perspective d’un développement à long terme. Et puis, il y aura tout le matériel d’optique d’excellente qualité qu’on pourra fabriquer sur la Lune et bien d’autres industries. Avec les conditions du froid, qui est également gratuit, on peut exploiter de façon industrielle la supraconductivité très difficile à réaliser sur Terre. On dispose aussi de conditions de faible gravité qui permettent d’imaginer des utilisations industrielles.

Et là encore, je n’ai évoqué que les aspects économiques et les aspects de rendements pour vous convaincre qu’on ne perdra pas notre argent. Car on ne doit pas oublier le potentiel scientifique qui est fantastique, prodigieux. Toujours pour les mêmes raisons. Parce qu’étant donné qu’elle n’a pas d’atmosphère, la Lune est l’endroit idéal pour l’installation de télescopes géants. En plus, la gravité y est faible, ce qui nous autorise à installer de très grands miroirs, beaucoup plus grands que ceux qu’on envoie dans l’espace. Et vu qu’il n’y a pas d’atmosphère – c’est d’ailleurs pour cela qu’on envoie des télescopes dans l’espace, pour ne pas être gêné par celle-ci – on pourrait faire des observations astronomiques absolument fantastiques. On pourra mener encore d’autres grands projets scientifiques comme des accélérateurs de particules à ciel ouvert. Il y en a un au CERN en Suisse. Mais son installation nous a coûté très cher. Or, ce vide qu’on a gratuitement et ce sol sur lequel on peut poser nos installations – opérer dans l’espace est plus compliqué – sont de grands avantages pour la recherche scientifique.

On peut aussi y étudier le vivant qui sera soumis à des conditions complètement différentes de celles auxquelles il est soumis sur Terre. Donc le potentiel en médecine est grand.

Et bien entendu, pour tous ceux qui rêvent de Mars – on entend d’ailleurs plus souvent parler de Mars que de la Lune – la Lune est également un formidable tremplin pour aller vers Mars. Et avant de donner la parole à Sébastien Drochon, je tiens à citer le grand scientifique allemand Krafft Ehricke qui, tout comme von Braun, a travaillé aux États-Unis après avoir travaillé sur les fusées en Allemagne. Ehricke disait : « Si Dieu voulait qu’on aille dans l’espace, il nous aurait donné la Lune ». Par chance, on l’a. Il faut donc en profiter.

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