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M. Le Pen, C. Guéant, N.Sarkozy - La République survivra-t-elle à un nouveau fascisme universel ?

Le 16 décembre à 02:12

Par Christine Bierre, vice-présidente de Solidarité & Progrès


Un néo-conservatisme à faire pâlir George Bush, avec à la clé, la politique d’austérité budgétaire des années sombres du XXe siècle, le retour aux vieux démons de l’Occident romain, l’Islam en bouc émissaire d’une oligarchie transatlantique en déperdition et un néo-colonialisme débridé, voilà le nouveau visage de la barbarie qui pourrait emporter la France, tout comme le reste de l’Europe et le monde transatlantique, si nous ne faisons rien pour l’arrêter.

Cette vague, elle nous arrive du monde anglo-américain, des mêmes égouts d’où sont nés le néo-conservatisme et le Tea Party, ultime soubresaut de l’empire monétaire de la City de Londres et de Wall Street menacé d’extinction depuis le crash de 2007. Mais elle trouve en France un terreau de choix, dans une oligarchie décadente qui lui imprime sa propre marque, maurassienne, coloniale et pétainiste. Eric Dupin avait vu juste quand il mettait en garde en 2007 contre une nouvelle vague de néo-conservatisme avec un Nicolas Sarkozy aux confins des trois droites, la droite orléaniste, libérale, la droite autoritaire, bonapartiste, et la droite légitimiste/réactionnaire style Vichy.

Tactique électorale ou dérive vers une matrice impériale ?

C’est dans ce contexte qu’il faut voir la mue tout à fait délibérée de Claude Guéant. Nous avions accusé le nouveau ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy d’être devenu le Mr Hyde – la face inavouable – du Dr. Jekyll du célèbre roman de Robert Louis Stevenson, en raison de ses déclarations outrancières et répétées contre l’immigration musulmane en France. Depuis il a confirmé lui-même qu’il agit en tandem avec Nicolas Sarkozy. Selon Le Parisien du 8 avril, ce dernier aurait effectivement demandé à Claude Guéant de jouer le rôle du « méchant » afin de ramener à l’UMP les électeurs ayant fui massivement vers le Front national.

Face au choc que provoque, y compris dans la classe politique, cette transformation de celui qu’on surnommait le Cardinal, tellement ses façons de faire étaient onctueuses, en une version française de Geert Wilders, d’un Jimmie Akesson ou d’un Blocher, Claude Guéant, en bon serviteur de l’Etat, aurait déclaré en petit comité : « Je ne me soucie pas de mon image. (…) J’ai une feuille de route que je vais appliquer sans état d’âme. »

S’agit-il uniquement de tactique électorale, comme le prétend Nicolas Sarkozy, visant à épargner à la France l’avènement de « vrais populistes » comme dans le reste de l’Europe ?

Permettez-nous de douter de ces scénarios du moins pire. Nous sommes devant ce qui pourrait bien être la dernière phase d’une offensive visant à arracher les pages du gaullisme à notre livre d’histoire, et à nous faire replonger dans la matrice chauvine maurrassienne, dans la matrice coloniale dont les plaies de la guerre d’Algérie n’ont pas encore tout à fait cicatrisé, dans la matrice de la soumission à une synarchie financière et impériale contrôlée depuis la City de Londres et de Wall Street, mère nourricière du pétainisme.

La dévolution planifiée du gaullisme

Le profil de Patrick Buisson, ce très proche conseiller de Nicolas Sarkozy qui a su siphonner les voix du Front national pour assurer sa victoire en 2007, et qui a repris du galon depuis les déclarations tonitruantes de Sarkozy à Grenoble liant la criminalité à l’immigration, est tout à fait symbolique de cette tentative d’aggiornamento du gaullisme.

Patrick Buisson est porte-plume des courants les plus à droite de l’oligarchie nationale. Il a été directeur de la rédaction de Minute (1986 – 1987), du Crapouillot , puis de Valeurs actuelles ( propriété de Dassault ) qu’il dirigea pendant six ans, avant d’entrer à LCI , la chaîne tout info d’un proche de Sarkozy, Bouygues. Ses débuts à l’extrême droite démarrent tôt : il est élevé par son père dans le culte de Maurras et à 13 ans, au lycée, il refuse d’observer une minute de silence contre un attentat meurtrier de l’OAS. En 1984, il consacre un ouvrage à l’Algérie, O.A.S. : Histoire de la résistance française en Algérie , ouvrage rédigé avec Pascal Gauchon, ancien secrétaire général du Parti des forces nouvelles.

Ayant quitté LCI en 2007, il reçoit en cadeau de Martin Bouygues, selon un article que lui consacre Télérama en 2009, la direction de la chaîne Histoire de TF1 , une chaîne de type glauque . Animateur de l’émission Historiquement Show à Histoire, Michel Field ne nie pas une « sur-représentativité d’historiens conservateurs » , monarchistes, anticommunistes virulents et autres néoconservateurs, à cette chaîne. Exemple ce magazine animé par Field en décembre 2010, avec le sulfureux Eric Zemmour, qui portait sur le thème du PCF, le parti de Moscou , avec en invité spécial Stéphane Courtois. Ou ce débat sur la torture en Algérie où l’on met en exergue un FLN égorgeur et une armée française en position de bouc émissaire.

Quant à Buisson, il a d’autres talents, comme l’art de ramener le débat sur Vichy au moyen d’ouvrages où il s’étale sur la sexualité des Français à cette époque. Pour Buisson, dit Télérama , « La libido est "le révélateur maximal de cette période" »  et il serait intarissable sur « la France horizontale » qui couchait avec l’occupant, et la France femelle prise de « fureur utérine » pour l’occupant !

Pourtant, c’est bien à cet homme devant lequel il est pétri d’admiration que Sarkozy a remis la Légion d’honneur en 2007, déclarant qu’ « il y a très peu de personnes dont je puisse dire "si je suis là, c’est grâce à eux" ».

Une UMP lepénisée

Au niveau de l’UMP, c’est le collectif Droite populaire qui est le relais de l’offensive de Sarkozy et de Buisson sur le terrain. Lancé le 14 juillet 2010, il rassemble actuellement quarante-quatre députés UMP.

« Nous sommes des anarchistes de droite » , lance Lionel Lucas, à l’instar de Patrick Buisson qui lui aussi se définit ainsi. Animée par Thierry Mariani, Droite populaire a pour objectif de faire la chasse au vote du Front national, comme Mariani l’a fait pendant longtemps lorsqu’il était député du Vaucluse, en surfant sur les thèmes identitaires et sécuritaires. Il y a quelques semaines, des élus proches de Droite populaire déposaient au Sénat un amendement visant à éliminer l’automaticité avec laquelle les fils d’étrangers nés en France sont naturalisés Français à la majorité en vertu du droit du sol. Ailleurs, Eli Aboud, député UMP de Béziers, défend les couleurs de la laïcité contre le communautarisme en dénonçant, au sein de l’armée française en Afghanistan, la « crainte presque servile de la hiérarchie de déplaire à l’Islam ».

La Charte du collectif défend des valeurs tout à fait Travail, Famille, Patrie, avec une dose d’orthodoxie budgétaire qui porte la marque de la droite conservatrice et ultralibérale américaine, façon Newt Gingrich. Se voulant équilibrée et républicaine, comme Marine Le Pen, au nom de l’intérêt des « plus faibles » , cette charte sonne clairement le hallali contre la menace d’invasion et ses répercussions.

Dans son premier point, les signataires se déclarent fiers de la nation et de tous ses symboles : langue, histoire, hymne. Mais ils affirment « avec force » leur opposition « au communautarisme » , défendent « la laïcité contre l’intégrisme religieux » et exigent que « l’immigration soit contrôlée et maîtrisée » .

La Charte affirme ensuite son credo ultralibéral, « la liberté d’entreprendre, le travail, le mérite et l’effort », et prévient tout de suite que s’ils tiennent à la « solidarité avec les plus faibles » , ils ne céderont rien « à l’assistanat, aux abus, aux fraudes qui fragilisent le lien social et la solidarité nationale » . Une façon hypocrite de suggérer que l’autre est fatalement un parasite.

Sans surprise, le côté sécuritaire est affirmé avec vigueur avec des phrases choc du style, « ceux qui ne respectent pas les règles de la société et les valeurs de la république doivent être sanctionnés avec rigueur », une rigueur justifiée au nom du combat contre « un laxisme qui conduirait au désordre dont souffrent les plus faibles »

Mais le plus révélateur de l’origine des courants de fond qui agitent les eaux boueuses de ce nouveau fascisme à venir, apparaît clairement dans le point consacré à la gestion des finances publiques. Il est dit, en effet, que le collectif souhaite « un budget équilibré et aux dépenses maîtrisées » , ce qui revient à réduire les dépenses sociales et à brider les grands projets de développement, condamnant les êtres humains à un enfermement féodal.

L’océan transatlantique où nagent ces néo-néo conservateurs

Pourtant si le mot « France » est à la bouche de tous ces courants, ils sont tout sauf français ; la preuve, des mouvements populistes du même type secouent actuellement presque tous les pays européens et se retrouvent aussi aux Etats-Unis, chez les républicains.

Difficile de ne pas voir dans cette montée de l’extrême droite, un mouvement coordonné à l’échelle internationale, genre d’ultime sursaut vital d’une oligarchie financière transatlantique en déroute, ultime tentative de maintenir son hégémonie par la force.

Bien que tous ces populismes qui ont déboulé sur la scène politique ces dernières années – Geert Wilders, chef du PVV aux Pays-Bas, Jimmie Akesson, chef des Démocrates suédois, Christophe Blocher en Suisse, la Ligue du Nord en Italie, Marine Le Pen et leurs pendants aux Etats-Unis dans les Tea Party – aient leur propres particularités, plusieurs caractéristiques communes se dégagent.

D’abord une islamophobie affichée, remplaçant tous les anciens démons. Ensuite une méthode : la xénophobie et le rejet de l’autre avec le sourire, totalement décomplexé. Enfin et surtout, le côté conservateur et libéral-libertaire en économie : la valeur du mérite, la haine de l’assistanat, la rigueur pour assurer l’équilibre budgétaire. Marine Le Pen, diront certains, est différente car elle affiche des valeurs « sociales » et soutient l’idée d’un Etat protecteur. Disons que pour Marine Le Pen, un ministère offert par l’Etat fort en question, vaut bien à ce stade toutes les valeurs qu’on puisse évoquer, même les plus contradictoires.

C’est le voyage en Israël, en décembre 2010, d’une trentaine de dirigeants de la droite populiste, sous l’égide de la European Freedom Alliance, qui est le plus révélateur du rôle que jouent la finance anglo-américaine et ses alliés du Likoud et de la droite extrême israélienne dans cette explosion du populisme à l’échelle mondiale. Le fait d’avoir fait sauter le verrou de la diabolisation – l’antisémitisme – a permis aujourd’hui à toutes ces personnalités de jouer un rôle de premier plan, et notamment contre l’Islam et l’immigration !

La European Freedom Alliance est le bureau européen de l’American Freedom Alliance fondée par David Horowitz. Connu aux Etats-Unis comme les néo-conservateurs à la puissance mille, ce mouvement est voué à la défense des valeurs occidentales et contre la croissance des idéologies fascistes et des doctrines religieuses anti-occidentales. Il est à la pointe du combat contre l’Islam et connecté aux milieux les plus extrémistes israéliens. En juillet dernier, Geert Wilders, ancien « nègre » de l’ancien Commissaire européen Fritz Bolkestein, a créé l’International Freedom Alliance qui affiche les mêmes objectifs.

Les derniers soubresauts d’un Empire sont toujours les plus malodorants et ils peuvent être les plus dangereux s’ils ne sont pas balayés par un mouvement de grève de masse, de citoyens qui se lèvent avec un projet de progrès et d’avenir. Aux actes, citoyens !


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