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Machisme : Au nom d’une femme : la France !

Le 19 août à 20:08

Par Christine Bierre

14 juillet 2011 (Nouvelle Solidarité) — C’est en mille morceaux que la statue France s’est écrasée à nos pieds, par suite de l’affaire DSK, provoquant un vacarme tel qu’il arriva jusqu’aux oreilles des plus illustres fondateurs de ce pays, et notamment ceux qui, à travers l’histoire, à travers leurs œuvres, ont contribué à donner à ce pays le nom d’une femme : la France. Parmi eux, Guillaume de Loris et Jean de Meung, François Villon, François Rabelais et beaucoup plus récemment, le grand Charles de Gaulle.

Pourtant, Dieu sait si, suite aux affaires qui ont ponctué l’histoire récente de la France – corruption financière, meurtres non élucidés, corruption des mœurs –, cette statue était déjà bien esquintée ; elle avait perdu depuis longtemps une bonne partie de sa tête, de son cœur et même, de son âme.

L’affaire DSK a été néanmoins la goutte qui a fait déborder le vase : qu’un homme incapable de maîtriser ses pulsions de violence envers les femmes nous ait été promis comme futur président de la République par le Parti socialiste, sans qu’aucun de ses dirigeants ou dirigeantes n’ai rien eu à redire, en dit long sur les mœurs de chacun. A droite aussi, le silence est lourd de culpabilité, et les affaires Tron ainsi que les accusations des élues UMP contre Balkany et autres dirigeants de ce parti, montrent que ces mœurs sont largement partagées.

Depuis, la violence de l’image de DSK derrière les barreaux a fait affluer en foule les souvenirs chez des millions de Françaises qui se sont reconnues dans l’oppression de cette femme de ménage guinéenne, que la forme de l’oppression soit sexuelle, professionnelle ou familiale. Et cette oppression n’est pas uniquement, disons-le, celle de la femme qui a subi des harcèlements, mais aussi celle d’un certain nombre d’entre elles qui, par ambition ou par auto-dépréciation, ont accepté de jouer le jeu. Combien d’Anne Sinclair, femmes de talent, ont été entraînées dans l’abîme, éblouies par la sur-intelligence d’hommes totalement infantiles comme DSK ?

Salies par la vérité, salies ensuite par le grand déballage en cours, notre propos n’est nullement de revenir ici sur les détails scabreux qui s’étalent désormais dans tous les journaux, mais plutôt d’élever. Chacun sait désormais, femmes et hommes, jeunes et vieux, car c’est un problème qui frappe toutes les générations, ce qu’il en est. Beaucoup d’hommes de ce pays, contrairement à toute sa logorrhée sur les droits de l’homme, se comportent en véritables tyrans envers les femmes.

Cette maladie démarre dans la famille, où père et mère transmettent ces comportements aux filles et aux garçons ; ça continue ensuite à la récré et dans les salles de sport, où des garçons mal dans leur peau et peu assurés s’entendent « entre hommes » pour tyranniser et mépriser plus faibles qu’eux, les filles. Cette volonté de puissance se perpétue ensuite tout au long de la vie professionnelle et familiale. La crainte que provoquent les femmes responsables ou créatives se traduit alors par des attitudes qui oscillent entre fantasmes sexuels et comportements agressifs, ce qui est la même chose. Les inégalités sont alors criantes : les salaires des femmes, 20% plus bas que ceux des hommes, les élues à l’Assemblée nationale, 20% sur l’ensemble, sans parler du droit à la parole, enjeu majeur de pouvoir, que les hommes gardent jalousement.

Si ces problèmes ont existé de tous temps, il faut bien admettre que la culture soixante-huitarde, réduisant l’homme à ses instincts les plus basiques de recherche du plaisir et fuite de la douleur, a fortement aggravé cette tendance.

Une autre conception de la femme a cependant souvent animé l’histoire de France et doit devenir désormais notre source d’inspiration. A l’extrême opposé de la conception bestiale d’un Dominique de Villepin, disant à Franz-Olivier Giesbert que la France « a envie qu’on la prenne, [car] ça lui démange dans le bassin », il y a cette conception magnifique exprimée par de Gaulle dans son appel aux enfants de France, depuis Londres, le soir de Noël 1941 : « Quel bonheur, mes enfants, de vous parler, ce soir de Noël. Oh, je sais que tout n’est pas gai, aujourd’hui, pour les enfants de France. Mais je veux, cependant, vous dire des choses de fierté, de gloire, d’espérance. Il y avait, une fois, la France. Les nations, vous savez, sont comme des dames plus ou moins belles, bonnes et braves. Eh bien, parmi mesdames les nations, aucune n’a jamais été plus belle, meilleure ni plus brave que notre dame la France. »

De Gaulle conclut son discours en identifiant la France à cet autre nom de femme qui doit aussi nous guider aujourd’hui dans le combat que nous menons contre l’oligarchie financière qui détruit tout : « Eh bien moi, je vais vous faire une promesse, une promesse de Noël. Chers enfants de France, vous recevrez, bientôt, une visite, la visite de la Victoire. Ah ! Comme elle sera belle ! Vous verrez. »

Cette idée de la femme, on la retrouve aussi dans ce magnifique Roman de la Rose de Guillaume de Loris et de Jean de Meung, car la Rose n’est pas uniquement celle qu’on effeuille, la Rose fanée ; elle est aussi l’image d’une beauté intérieure qui rayonne à l’extérieur et que protègent ses épines, comme la France fut protégée par Jeanne d’Arc, son armure et son épée. Songeons aussi à la Ballade de la Belle Heaumière, où François Villon nous plonge dans l’amertume de cette belle courtisane qui, confrontée aux ravages implacables du temps sur son corps et sa beauté, découvre la futilité des plaisirs fugaces.

On entrevoit alors quelque chose qui est de l’ordre de l’immortalité. Et cette immortalité n’est pas celle de l’au-delà ! Elle est celle de cette grande dame, la France, née dans l’esprit des réformes de Charlemagne voici plus de mille ans, celle des millions de Français qui ont, avec amour et intelligence, façonné la terre, bâti les ouvrages de la nature, scruté l’univers physique avec leurs instruments et parsemé le territoire d’œuvres de beauté.

Y a-t-il des hommes et des femmes, aujourd’hui, pour poursuivre cette œuvre ? Voici la question douloureuse que pose à toute cette affaire DSK.

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