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Pétrole : l’Argentine reconquiert sa souveraineté

Le 14 décembre à 17:12

Le 19 avril 2012 (Nouvelle Solidarité) – La Présidente argentine Cristina Fernandez de Kirchner a annoncé le 16 avril à une foule en liesse réunie devant le palais présidentiel sa décision de re-nationaliser la compagnie pétrolière YFP, afin de permettre au pays de recouvrer sa « souveraineté en matière d’hydrocarbures » et d’assurer le développement futur de la nation.

51% du capital, c’est-à-dire la partie détenue par la compagnie espagnole Repsol, sera exproprié par l’Etat argentin. Les 49% restants resteront dans le giron des provinces. Quand au nouveau pdg par intérim de l’entreprise, il s’agira du ministre du Plan Julio de Vido, un grand défenseur des intérêts du pays et de l’énergie nucléaire.

Les intérêts financiers de Londres, ainsi que leurs alliés de Madrid et de Wall Street, tremblent de rage de voir un Président argentin réaffirmer avec force la souveraineté du pays une seconde fois depuis 2005, moment où le Président Nestor Kirchner avait imposé aux banquiers étrangers une réorganisation de la dette de 75% en disant : « A prendre ou à laisser. »

Depuis les nombreuses privatisations menées par Carlos Menem au cours des années 90, les intérêts financiers britanniques et leur alliés avaient pris leurs aises en Argentine et ailleurs en Amérique du Sud, en achetant des entreprises publiques d’importance stratégique à prix cassé. C’est dans ce contexte que YPF, fondée en 1922 comme première compagnie pétrolière publique en Ibéro-Amérique et l’un des piliers du développement industriel du pays, fut privatisée en 1993 par Menem. C’est cette politique de pillage tous azimuts qui conduisit le pays à la faillite une décennie plus tard.

Comme l’a confié un ancien dirigeant de Repsol à un journaliste du Financial Times de Londres, « le ’business model’ était basé sur l’idée de faire de YPF une vache à lait, et de réinvestir les profits dans d’autres régions [du monde, ndt] ». (Ce qui n’a pas empêché le quotidien britannique de crier au loup contre la décision de la Présidente Kirchner.)

Le résultat est que Repsol avait négligé d’investir et d’explorer pour trouver de nouveaux gisements, et même de produire sur place, amenant le pays à importer en 2011, et ce pour la première fois en 17 ans, pour pas moins de $9 milliards de pétrole. L’Argentine possède pourtant d’abondantes ressources pétrolières, qui pourraient être facilement mises en valeur dans un contexte de prix élevés sur les marchés mondiaux. En novembre 2011, un important gisement a été découvert dans la province argentine de Neuquen, dans une zone appelée Vaca Muerta, d’une superficie totale de 30.000 km2.

Comme l’a déclaré Cristina Kirchner, « l’Argentine doit continuer à croître, à aller de l’avant, et chacun doit, dans l’exercice de ses responsabilités respectives, aider à reconstruire cette grande entreprise pour le bénéfice de tous les Argentins ».

La réaction espagnole ne s’est cependant pas fait attendre. Le ministre des Affaires étrangères à convoqué l’ambassadeur argentin à Madrid pour lui faire part du mécontentement de l’ancienne puissance coloniale. Quant au premier Ministre espagnol, il a vociféré à qui voulait l’entendre que la conduite « illégale » de l’Argentine ne serait pas tolérée, avant de s’envoler pour un Forum économique mondial à Mexico et organiser des mesures de représailles avec d’autres pays d’Ibéro-Amérique.

L’agence de presse britannique Reuters est même allée jusqu’à affirmer que la « patience internationale » à l’égard de la Présidente argentine commençait à s’épuiser avant même l’expropriation, à cause de son refus de jouer « selon la règle du jeu ». Le Financial Times prédisait quand à lui que les conséquences de cet acte « seront énormes », car « les investissements étrangers seront paralysés (…) et l’Argentine devra faire face à l’isolement diplomatique de l’Union européenne, des Etats-Unis et du Mexique ». En réalité, Repsol étudiait une offre de rachat d’YPF par une société chinoise pour 15 milliards de dollars, sans en avoir informé le gouvernement argentin.

Plusieurs dirigeants de l’UE ont exprimé leur « déception » par rapport à la décision de l’Argentine et menacent de répondre d’une manière encore indéterminée pour montrer la solidarité européenne avec l’Espagne ! Et ce au moment même où l’UE met toute la pression sur cette dernière pour qu’elle renfloue ses banques aux prix d’une austérité sans précédent ! Le Parlement européen doit d’ailleurs voter aujourd’hui une résolution contre Buenos Aires, un vote présenté comme un enjeu de « sécurité juridique des investissements européens en dehors de l’UE ». Rien que cela !

Tout autre a été la réaction du quotidien allemand Suddeutsche Zeitung, qui a publié mercredi un commentaire intitulé « L’intérêt général plutôt que le profit », expliquant que la décision de « Cristina Kirchner montre bien que ce n’est pas une question de socialisme, mais de recouvrer sa souveraineté nationale. La dispute qui en résulte avec l’Espagne est si amère car elle a lieu à la frontière entre deux systèmes opposés. Le gouvernement libéral conservateur de l’Espagne est juste sur le point d’abandonner sa souveraineté économique, sous la pression extérieure mais aussi en raison de ses propres convictions. »

Le modèle de privatisation catastrophique de Carlos Menem, « le meilleur élève des Etats-Unis, de la Banque mondiale et du FMI » est ce que Cristina Kirchner est en train d’enterrer.

L’article précise que les « protagonistes de l’économie de libre-marché total sont eux-mêmes responsables de ce triste résultat. Nulle part ailleurs qu’en Amérique Latine leur chances étaient-elles aussi grandes, et nulle part ailleurs ont-ils réussi à créer un tel déséquilibre social. Ils sont maintenant punis. » La rhétorique de protestation du gouvernement de Madrid « est hors de proportion », conclut l’auteur car « Repsol n’est plus espagnol, la majorité des actions étant détenue par des Mexicains et des Français. »

Source : Solidarité et Progrès

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