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Pour arracher l’humanité de son berceau, lançons les autoroutes de l’espace

Le 12 décembre à 05:12

Par Sébastien Drochon, le 15 octobre 2011

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Pour mener à bien ce grand défi spatial, on estime aujourd’hui qu’il faut un investissement très lourd au niveau international, quelque chose de l’ordre de 500 milliards de dollars. L’Europe participerait à ces frais d’investissement pour un montant de 150 milliards, la France pour un montant de 40 milliards. Sur une période de cinq ans, les choses sont difficiles à évaluer, mais il s’agit d’investissements lourds.

Ce qui voudrait dire une présidence qui proposerait de doubler voire tripler le budget français consacré au spatial et géré par le Centre national d’études spatiales (CNES), qui n’est que de 1,5 milliard aujourd’hui. La moitié de cette somme est allouée à l’Agence spatiale européenne (ESA), une agence intergouvernementale. 1,5 milliard d’euros, cela représente 1% du PIB français ; il faut le multiplier pour vraiment mobiliser tous nos efforts en vue, comme l’a indiqué Rudolph, d’une industrialisation de la Lune.

Une seule idée doit nous guider, celle de nous détacher, d’une certaine manière, de la Terre, de moins dépendre des lancements de matériel lourd depuis le sol terrestre. Car, pour aller dans l’espace, on est obligé de s’extraire de la Terre et c’est ce processus qui coûte énormément, en raison de la gravité terrestre très forte. L’objectif actuel est d’éviter de consommer du carburant pour transporter du carburant, en établissant sur la Lune une capacité autonome de production de carburant. A partir de la Lune, transporter du carburant dans l’espace coûtera moins cher.

Ce carburant, c’est principalement de l’hydrogène et de l’oxygène que l’on brûle. Cela, on peut le produire sur la Lune en faisant l’électrolyse de l’eau. C’est possible, on a des technologies pour ça. Il faut donc absolument le faire.

Nous devons également créer de grandes autoroutes de l’espace, car pour l’instant, on ne peut pas faire de trains ! Imaginons des autoroutes de l’espace entre la Terre et la Lune ! Ce genre de projet a déjà été pensé. Imaginons des stations-service – mais pas de péages... – placées en orbite terrestre et en orbite lunaire et des navettes effectuant des allers-retours pour acheminer du matériel d’une planète à une autre en passant par ces stations-service orbitales.

Aujourd’hui, rien n’est fait pour réaliser un tel projet. Relever ce défi nous obligera à résoudre d’énormes problèmes, sans oublier ceux qui se poseront pour amener l’homme sur Mars. Par exemple, vous remplissez régulièrement le réservoir de votre voiture ; ça paraît banal. Cependant, transvaser du fluide dans l’espace, en apesanteur, pose un grand problème. Rudolph m’a raconté qu’il a rencontré, lors d’un colloque au Pays-Bas, une équipe de sept chercheurs âgés de 20 à 35 ans qui se penchent sur ce problème : comment se comporte le fluide dans l’espace et comment le transvaser ? Ce projet, nommé Explore, est financé par l’Université de Stuttgart et l’Agence spatiale européenne. Devant tous ces grands projets, il faut s’imaginer combien d’universités en France et en Europe devront être soutenues et financées pour amener des jeunes à participer directement ou indirectement à ces projets, pour avoir de nouvelles pépinières d’ingénieurs et de savants qui pourront émerger et qui auront cet optimisme dont on a besoin pour aller de l’avant. Ce projet, parmi d’autres, permettra de réaliser l’installation de stations-service en orbite.

Le problème qui se pose à court terme est qu’il faudra amener énormément de matériel lourd de la Terre dans l’espace. Il faudra donc coopérer avec des pays qui peuvent aujourd’hui faire cela. La Russie sait le faire, elle a des lanceurs capables de transporter de gros tonnages. Dans cette perspective, il faudra reprendre très vite certains projets garantissant que ce transport depuis la Terre soit de moins en moins coûteux. Il y avait le projet de la navette spatiale que tout le monde connaît bien et qui a été sabré par Obama. Il faudra une nouvelle navette réutilisable et capable d’aller de la Terre en orbite.

Ce que vous voyez sur cette image, ce petit vaisseau au bout d’une fusée, est une représentation du projet Clipper autour duquel les Russes ont proposé une collaboration à l’ESA en 2005. Le Président de l’ESA, Jean-Jacques Dordain, était tout à fait d’accord. Malheureusement, elle fut rejetée en 2005 par les ministres des 17 pays membres de l’ESA en raison de son coût. Pourtant, ce genre de projet est justement un premier pas en direction d’une industrialisation de la Lune.

Il reste à étudier d’autres moyens de propulsion pour les voyages spatiaux, notamment la propulsion ionique et électromagnétique. C’est notamment l’ambition du projet VASIMR (Variable Specific Impulse Magnetoplasma Rocket) aux États-Unis qui a été expérimenté et fait appel à des plasmas expulsés à l’aide d’un champ électromagnétique. C’est ce qui nous permettra de développer à l’avenir des transports peu coûteux pour voyager dans l’espace.

Comme le disait Rudolph, les moyens existent en France. Le problème fondamental, c’est la volonté politique de les mettre en œuvre et l’engagement que nous devons avoir pour mener à bien ce genre de projet. Car la Lune, à partir du moment où on la développera, deviendra une base de lancement pour aller sur Mars. Les jeunes qui participeront à ces projets auront très rapidement une toute autre idée de la nature humaine. L’être humain n’est pas réduit à gérer des ressources terrestres, mais est responsable de l’univers qu’il doit transformer au service de l’intérêt général. Le programme spatial sera ainsi le vecteur scientifique qui fera croître l’économie sur Terre, physiquement et moralement.

Pour le voyage vers Mars, bien d’autres recherches restent à faire. Voilà donc les grandes lignes d’une politique spatiale digne de ce nom qui pourra voir le jour dans le cadre de la Nouvelle Présidence que nous souhaitons.

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