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Pour assurer l’avenir du nucléaire, il faut commencer par l’expliquer

Le 21 août à 12:08

Par Guillaume Dubost, président d’Agora Erasmus, le dimanche 17 mars 2013

Les anciens élèves de l’école Polytechnique de l’Université libre de Bruxelles organisent ce mois-ci un cycle de conférence sur la question de l’énergie. Ce mardi 12 mars, l’attention fut portée sur l’avenir du nucléaire. Le public de 40 personnes était essentiellement composé d’étudiants et de membres du personnel enseignant de l’école, aucun journaliste ou élu politique n’était présent. Et malheureusement, un citoyen sérieux, n’ayant pas particulièrement de connaissance scientifique, qui aurait eu le courage de venir s’éduquer sur ce sujet, se serait sûrement senti laissé pour compte.

Car c’est bien là le reproche principal que l’on peut faire à ces brillants experts : ils aveuglent tout public qui ne serait pas muni de son diplôme d’ingénieur, et se retrouvent par là incapables de répondre politiquement à leurs opposants écologistes. Il leur faut non seulement abandonner ce conservatisme qui les empêche de faire le pari de l’avenir, mais surtout descendre de leur tour d’ivoire pour s’adresser à l’ensemble de la population.

Car deux ans après l’accident à Fukushima, causé par un tsunami d’une violence rare, il est plus qu’urgent, surtout en Europe, de réconcilier la population avec la physique nucléaire. Bien sûr, les technologies qui en sont issues comportent des dangers à la hauteur de leur potentiel énergétique. Mais pouvons-nous nous en passer si nous voulons faire vivre dans des conditions dignes 7 milliards d’être humains ? Il faut donc combattre l’ignorance sur ce sujet et pour cela un pont doit se construire entre les spécialistes et le grand public.

L’avenir de l’approvisionnement en électricité en Belgique

Depuis que les réacteurs de Doel 3 et de Tihange 2 ont été mis à l’arrêt suite à la découverte de fissures dans leurs cuves, la Creg (Commission de régulation de l’électricité et du gaz) et le gouvernement belge s’interrogent sur la capacité d’approvisionner en énergie l’ensemble des ménages et des entreprises. Alors que la pénurie en isotopes médicaux est déjà une réalité, les risques de blackout deviennent de plus en plus grands.

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La centrale nucléaire de Tihange
Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)

Le professeur Pierre-Etienne Lambeau, chercheur en métrologie nucléaire, a participé aux études sur la stabilité des cuves menées par l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire), en collaboration avec les agences de contrôle des pays concernés par le problème. Il a d’abord expliqué que les fissures en question datent de la fabrication des cuves, qu’elles ont une orientation bien particulière et ne pouvaient pas être détectées avec les instruments à ultrason d’il y a 30 ans. Dans le rapport communiqué au gouvernement, qui doit encore prendre une décision, il est expliqué que les défauts constatés ont été causés par la présence d’hydrogène dans l’acier lors de son refroidissement. Que ces défauts n’ont pas évolué depuis les 30 années de fonctionnement de ces réacteurs et que les tests de résistance réalisés sur des échantillons équivalents à cet acier, dans des conditions extrêmes, sont positifs.

Donc nous pourrions, avec les précautions qu’il se doit, redémarrer ces 2 réacteurs vitaux pour les dix prochaines années. Mais qu’en est-il de l’approvisionnement dans 20 ans ? Qu’en est-il du démantèlement des réacteurs qui auront fait leur temps ? Sur ces questions, les spécialistes ne sont pas optimistes, d’abord à cause d’un manque dans la transmission du savoir-faire, et aussi une absence de volonté politique.

MYRRHA et la transformation de la matière

Le centre de recherche nucléaire à Mol est réputé internationalement, et dans la communauté scientifique on dit même : « Si cette expérience est impossible à réaliser, alors allez la faire à Mol ! » Cette folie, que revendique le Professeur Hamid Aït Habderahim, directeur du projet MYRRHA, est nécessaire pour faire le pari du nucléaire du futur.

Le projet MYRRHA s’attaque, au niveau pragmatique, au traitement des déchets (produits) des réacteurs nucléaires, mais d’un point de vue plus fondamental, à la transformation des atomes, et donc de la matière. Son réacteur fonctionne en sous-critique (pas d’emballement possible de la réaction nucléaire) et nécessite un accélérateur à neutron rapide pour que la fission recherchée se réalise. Ainsi, en cassant les atomes, de nouveaux matériaux plus utiles peuvent être créés. Le réacteur permet aussi de tester la résistance des matériaux aux radiations, avant de les utiliser pour construire de nouveaux réacteurs.

Le budget prévu pour le projet est de 1 milliard d’euros, dont 40% sont financés par l’Etat belge, tandis que pour sauver Dexia se sont quelques dizaines de milliards d’euros du contribuable qui sont engagés. Une fois de plus, nous voyons que les politiques nationales, copiant la tendance européenne, s’orientent plus vers la fiction financière que l’économie réelle. En Europe, l’investissement pour la physique nucléaire représente 0,25 % du PIB.

L’avenir, c’est la fusion ! ITER en sera-t-il ?

Tous les physiciens le diront, la fusion nucléaire, c’est l’objectif du XXIe siècle. Au lieu de casser de gros atomes, on cherche à fusionner les plus petits, plus abondants, comme le deutérium présent dans l’eau de mer, ou l’Hélium-3 que l’on trouve sur la Lune. La chaleur produite est convertie en électricité, avec ici des températures bien plus élevées.

En théorie c’est simple. En pratique, les défis sont nombreux. Il existe actuellement deux voies connues pour aboutir à un réacteur à fusion, le confinement magnétique et la fusion par laser. Actuellement en Europe, presque tous les efforts se concentrent sur la première voie, avec le projet ITER (budget de 13 milliards d’euros) qui doit aboutir à un réacteur expérimental, mais qui ne produira pas d’électricité.

L’objectif d’ITER est de contrôler un plasma de quelques millions de degré Celsius en son centre à environ 1500°C sur sa périphérie, par un champ magnétique, pratiquement imparfait. Les parois du réacteur doivent pouvoir résister à ces hautes températures et au bombardement inévitable par des particules très fortement chargées en énergie. Or les matériaux existant actuellement sont encore loin de satisfaire à ces conditions, sauf si on accepte de les changer régulièrement, ce qui ne serait pas vraiment une solution.

La fusion par laser, dont l’inventeur Jean Robieux nous a quitté l’été dernier, tente d’initier la fusion d’une petite capsule de combustible par la puissance fournie par des lasers, puissance qui doit être équitablement répartie sur toute la surface de la capsule. Les avancées récentes sur les lasers sont prometteuses, mais ici c’est l’onde de choc créée par la fusion qui pose problème.

Il y a donc encore beaucoup de recherche à faire avant d’arriver à des résultats concrets dans ces domaines. Mais dans une économie en désintégration, l’avenir de la physique nucléaire en est réduit à la perspective d’un holocauste thermonucléaire. Seul un système de crédit public et une société développant les pleines capacités créatrices de chaque individu, permettront d’exploiter pleinement le potentiel civil de cette science que nucléocrates comme écologistes tendent à défigurer.

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Tracts
Le 1er novembre 2011 à 22:11

Sortir du nucléaire ? Non merci !

 
   
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