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Pour un sursaut rooseveltien vis-à-vis d’Haïti

Le 12 décembre à 13:12

par Cynthia Rush, Washington Le 14 octobre 1943, [le président américain Franklin Roosevelt->www.solidariteetprogres.org/...] recevait son homologue haïtien Elie Lescot pour un dîner officiel à la Maison Blanche. Dans son allocution de bienvenue, Roosevelt évoqua la politique qu’il souhaitait adopter vis-à-vis d’Haïti, qui était totalement différente de celle poursuivie par les Etats-Unis ces dernières décennies. Près de dix ans auparavant, le 5 juillet 1934, Franklin Roosevelt avait été le premier Président américain à fouler le sol haïtien, annonçant à cette occasion son intention de retirer les Marines américains qui occupaient l’île depuis 1915, ce qui fut fait en août. Il jugeait alors que la république d’Haïti devait être pleinement indépendante et souveraine. Dix ans plus tard, Haïti lui avait donné raison, constatait Roosevelt. En 1941, son gouvernement avait encouragé la création de la Société haïtiano-américaine de développement agricole (SHADA), qui devait servir de modèle à d’autres pays ibéro-américains. Par la suite, la petite nation haïtienne allait devenir non seulement autosuffisante en production alimentaire, mais exportatrice de produits comme le café, le cacao, la viande et le sucre. Hélas, la politique de Roosevelt ne survécut pas à son décès. Au cours des décennies suivantes, surtout depuis le milieu des années 1980, la conjugaison d’un libéralisme sauvage, d’un déboisement incontrôlé et de catastrophes naturelles plongea le pays dans une pauvreté déchirante. En 1994, dans le cadre des « ajustements structurels » du Fonds monétaire international, Haïti dut réduire ses tarifs douaniers sur l’importation du riz, de 35 % à seulement 3 %. Alors qu’en 1985, les paysans haïtiens produisaient plus de 150 000 tonnes de riz, aliment de base de la population, soit une quantité suffisante pour subvenir aux besoins nationaux, en 2008, le pays dut importer 340 000 des 420 000 tonnes de sa consommation annuelle. Et sur les 31 millions d’œufs consommés chaque mois par les Haïtiens, 30 millions étaient importés de République dominicaine. Cette politique créa des milliers de chômeurs parmi les paysans, les commerçants et les meuniers, dont beaucoup émigrèrent vers Port-au-Prince ou d’autres villes, pour habiter des bidonvilles indignes. Franklin Roosevelt serait révolté de voir cette situation, car son approche se situait dans la tradition des jeunes Etats-Unis, lorsque le premier secrétaire au Trésor Alexander Hamilton coopérait avec les dirigeants haïtiens qui fondèrent la république en 1804, et les aida à rédiger la Constitution haïtienne. Près de 60 ans plus tard, en décembre 1861, le président Abraham Lincoln reconnut l’indépendance du pays et nomma Frederick Douglass, un ancien esclave, ambassadeur des Etats-Unis en Haïti. Aujourd’hui, [le combat de l’Américain Lyndon LaRouche->http://www.solidariteetprogres.org/...] relève de la même tradition. Il reste aux autres dirigeants américains à s’inspirer de la vision de Franklin Roosevelt dans son message en l’honneur du président Elie Lescot, le 14 octobre 1943 à la Maison Blanche, que nous citons ici. « L’avenir d’Haïti est prometteur » « Je suis vraiment fier de ce qui s’est accompli ces dix dernières années [depuis le retrait des Marines américains]. Il y avait quelques "saint Thomas", comme le sait le président Lescot. Il y en a qui disait "non", qu’il était trop tôt. Mais j’avais promis à son prédécesseur, en juillet 1934, que les Marines seraient partis avant la fin août, et ce fut fait. Depuis cette époque, l’une des expériences de ma vie a réussi de manière durable, parce que durant ces dix dernières années de la République d’Haïti, aucun Américain sur place ne portait de fusil. Haïti a réussi sur tous les fronts. Je considère que les progrès de cette nation en termes de prospérité et d’amitié pendant ces dix ans sont dignes de figurer dans les livres d’histoire. « Je parle sans cesse, et pas seulement lorsque le Président vient me rendre visite, mais en de nombreuses autres occasions, du développement d’Haïti. Ceux d’entre vous qui sont allés là-bas savent que c’est l’un des plus beaux pays au monde. Il jouit de tout. Il a tout ce qu’il faut au-dessus du sol, et en dessous aussi. Je parlais au Président d’une partie d’Haïti que je n’ai jamais visitée personnellement, mais que j’ai vue du haut des montagnes, une partie située à peu près au centre de la République qui est si haute que l’on y trouve les plus beaux bosquets et forêts de pins, un pays où l’on trouve, en janvier ou février, de la glace dans les ruisseaux, puis, à peu de distance de là, on descend sur un endroit où l’on peut cultiver tout ce qui est cultivable. C’est un endroit étonnant. Je vous recommande vivement, dès que vous en aurez l’occasion, si ce n’est pas encore fait, d’aller en Haïti. « Je crois que c’est une certaine reine d’Angleterre qui dit qu’après sa mort, on trouvera le mot "Calais" gravé dans son coeur. Lorsque je mourrai, je pense que "Haïti" sera gravé dans mon coeur, car depuis toutes ces années, je porte un intérêt des plus intenses à la République d’Haïti et au développement de son peuple, de façon à l’épargner pour toujours de l’exploitation par une quelconque autre nation. Ils [les Haïtiens] doivent se développer eux-mêmes, et ils ont tous les moyens au monde pour le faire. Sous le gouvernement du président Lescot et de son prédécesseur, de grands progrès ont été faits. Haïti devient un pays autosuffisant, avec des ressources de toutes sortes. « Nous avons déjà parlé de l’économie et du fait que les industries en Haïti sont insuffisantes. Toutefois, il y a des dizaines d’articles qu’ils peuvent produire, pour lesquels ils peuvent fournir les matières premières et les fabriquer eux-mêmes. Cela ne va pas à l’encontre de nos intérêts, parce que nous pouvons produire bien des choses qu’ils ne peuvent pas produire eux-mêmes, et réciproquement. Cela constitue la base du commerce. (...) « Ainsi, avec la diversification de leurs récoltes et la diversification de leurs industries, l’avenir d’Haïti est très, très prometteur. « Nous devons nous rappeler, car nous l’oublions parfois, dans notre pays, qu’Haïti est beaucoup plus qu’une petite île des Antilles. La plupart de ces îles ont une population relativement modeste. La partie haïtienne de l’île d’Hispaniola compte près de trois millions de personnes – plus de 200 par mile carré. A cause de cette densité démographique, ils n’arrivent pas à produire assez de nourriture pour toute la population. « L’un des aspects sur lesquels nous voulons les aider, pour qu’ils deviennent autosuffisants, est la production d’une plus grande part de leur approvisionnement alimentaire. (...) « Ainsi, dans la nouvelle civilisation dans laquelle nous entrons, celle d’aide mutuelle et de gestion coopérative entre toutes les nations du monde, je pense que non seulement Haïti peut beaucoup apprendre de nous, mais que nous avons aussi beaucoup à apprendre d’Haïti. »

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