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Sputnik interroge Agora Erasmus sur le CETA et l’échec du « pivot asiatique »

Le 5 décembre à 07:12

Lundi 7 novembre 2016 - Début novembre, l’agence de presse russe Sputnik s’est longuement entretenue avec Karel Vereycken, directeur de publication du journal Nouvelle Solidarité et fondateur d’Agora Erasmus, à propos du combat de la Wallonie contre l’accord de libre échange CETA et l’échec de la politique américaine de « pivot asiatique ».

Etant donné que la première partie, publiée le 2 novembre, reprend l’essentiel du contenu de son article « La Belgique met une grosse bombe sous le CETA », nous présentons ici uniquement la transcription de la deuxième partie publiée le 3 novembre 2016 sur le site de Sputnik.

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« Obama a perdu son pivot en Asie et continue à perdre du terrain en Syrie »

Par Ekaterina Blinova

« Les projets de libre échange mondialisé de l’establishment américain continuent à se désagréger car plusieurs nations européennes et asiatiques cherchent à se rapprocher des BRICS et à prendre part à la Nouvelle Route de la soie proposée par la Chine et à l’initiative d’Union économique eurasiatique lancée par la Russie », a déclaré le journaliste français Karel Vereycken à Sputnik.

Si Hillary Clinton remporte l’élection présidentielle américaine, elle essaiera sans doute de mettre la pression sur l’UE pour qu’elle adopte le Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP – le Partenariat de commerce et d’investissement transatlantique en français), a remarqué Karel Vereycken, un journaliste français et fondateur de l’organisation Agora Erasmus associé à Lyndon LaRouche, dans une interview avec Sputnik.

« Hillary [Clinton] et [Barack] Obama ne sont que les deux têtes du même animal, supervisant l’oligopole financier en quasi-faillite qui dirige la City et Wall Street. Ne prenez jamais au sérieux des promesses électorales. Etant donné que c’est Bill Clinton qui a imposé le NAFTA [North American Free Trade Agreement – Accord de libre échange nord américain en français], on doit s’attendre à ce qu’Hillary aille de l’avant avec le TTIP, pour récompenser ceux à Wall Street qui ont financé sa campagne » (...)

NAFTA : L’héritage des Clintons et « le pire accord de commerce de tout les temps »

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NAFTA, un accord triparti signé par le Canada, le Mexique et les États-Unis, entré en vigueur en 1994, a entraîné l’élimination de la plupart des tarifs douaniers sur les produits échangés entre ces trois pays. Toutefois, les critiques du NAFTA soutiennent que l’accord promu par Bill Clinton a infligé un violent coup à l’économie américaine.

« Les critiques du NAFTA disent qu’il a provoqué aux États-Unis une diminution des emplois dans l’industrie et le transport et une surveillance moindre de la qualité » écrivait le New York Times en 2012.

Ainsi, sans surprise, l’accord a fait l’objet de fortes critiques de la part du candidat présidentiel républicain, Donald Trump, qui a rappelé que NAFTA était « le pire accord commercial jamais approuvé » par les États-Unis, pendant le premier débat présidentiel.

Toutefois, l’élite politique et financière américaine continue de fermer les yeux sur les échecs du NAFTA, et va de l’avant avec les projets du TTIP et du TTP (le Trans-Pacific Partnership – le Partenariat trans-pacifique en français).

Washington continue de perdre du terrain en Asie et au Moyen-Orient

Tout en avançant leurs initiatives commerciales, les dirigeants américains accroissent leurs activités militaires en Syrie et en Irak.

Selon Vereycken, alors que Washington tente d’affirmer son hégémonie au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, elle continue à perdre du terrain dans ces deux régions.

« Obama a perdu son pivot en Asie et continue de perdre du terrain en Syrie. » souligne Vereycken

« Le TTP a été signé avec l’Asie mais des pays comme le Japon, l’Australie, les Philippines et maintenant la Malaisie, sont tous en train de s’éloigner des États-Unis pour travailler avec la Chine et la Russie. Par conséquent, forcer l’adoption du CETA était essentiel pour la ‘crédibilité’ politique et militaire d’Obama » (...)

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Le président philippin Rodrigo Duterte (à droite) et le président chinois Xi Jinping (à gauche) assistent à la cérémonie d’accueil au Grand Hall du Peuple à Pékin le 20 octobre 2016.

L’académicien malaisien et chercheur doctorant en prévision des risques, Mathew Maavak partage une position similaire.

« Une par une, les nations d’Asie pacifique ne voient plus de valeur économique à être alliée aux États-Unis, et sont en train de sortir des orbites géoéconomique et géopolitique américaines, » a déclaré Maavak lors de son récent interview avec Sputnik.

Le TTIP « risque de finir à la corbeille »

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Les préconditions pour l’échec du TTIP sont déjà en place affirme le journaliste. Vereycken se réfère au fait que Paul Magnette, le Ministre-Président de la Wallonie, a récemment forcé l’UE à accepter des amendements au CETA, vu par beaucoup comme le « cheval de Troie » du TTIP/TAFTA.

Ces amendements ont « planté un pieu dans le cœur » du CETA et simultanément placé une bombe sous le TTIP.

« Depuis que les wallons n’ont pas manqué d’en exposer sa nature antidémocratique et inconstitutionnelle, le CETA est déjà un cadavre ambulant. Et puisque les mécanismes dits Investor-State Dispute Settlement (ISDS) du CETA, qui ont été rejetés, sont identiques à ceux du TTIP, ce dernier risque de finir à la corbeille » (...)

L’ISDS ou [sa version remodelée] l’Investment Court System (ICS) est un mécanisme au travers duquel une entreprise peut poursuivre des gouvernements nationaux pour des pratiques discriminatoires supposées, menaçant ainsi de saper la souveraineté des nations.

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Les Européens toujours plus attirés par les initiatives orientées vers l’avenir des BRICS

Au même moment « le peuple américain est de plus en plus dégoûté par la bassesse de sa propre élite » a remarqué Vereycken.

« Le meilleur signe de cela est leur soutien croissant (70 % selon un récent sondage) en faveur d’un retour de la législation Glass-Steagall séparant les banques Too Big to Fail, ce qui mettrait fin à l’hégémonie de Wall Street sur les États-Unis et le dollar. Même Trump et Clinton ont été obligés d’intégrer un retour au Glass-Steagall dans la plateforme de leur parti » (...)

En effet, le Glass-Steagall Act adopté par le Congrès américain en 1933 met des limites aux activités spéculatives des banques commerciales. A noter ici, le fait que c’est l’ancien président américain Bill Clinton qui a fait passer la législation abrogeant cette loi en 1999 à la demande des banques de Wall Street.

« C’est une grande erreur économique parce que l’abrogation du Glass-Steagall a directement conduit au krach de Wall Street de 2008, et sans cela nous sommes face au danger d’un autre krach, » avait écrit sur son blog en 2015 Robert Reich, commentateur politique et économiste américain.

« Derrière les scènes d’un libre-échange transatlantique idyllique, les Européens découvrent de plus en plus l’horrible visage des brutales pressions impériales » a constaté Vereycken.

Il a attiré l’attention sur le fait que non seulement le gouvernement américain mais aussi les services de renseignement américains interfèrent dans les affaires internes européennes.

Par exemple, des officiels du renseignement américains ont selon certains rapports, obligé le gouvernement allemand à casser un accord entre la société Fujian Grand Chip Investment chinoise et Aixtron, un fabricant allemand d’équipement à semi-conducteur près d’Aix-la-Chapelle.

« Les services de renseignement américains sont derrière une décision soudaine du gouvernement allemand de bloquer un investisseur chinois dans l’acquisition d’Aixtron, » a rapporté Handelsblatt mercredi dernier, citant des sources dans la communauté allemande du renseignement.

Alors, est-on face au « libre-échange » ou à une « guerre commerciale » géopolitique, s’est interrogé Vereycken.

« L’actuel changement tectonique est que la plupart des européens, à l’intérieur ou l’extérieur de la structure de l’UE, sont de plus en plus attirés par les initiatives orientées vers l’avenir des BRICS, l’initiative chinoise de la Nouvelle Route de la Soie et l’Union économique eurasiatique menée par la Russie. La perspective d’une stratégie gagnant-gagnant de coopération mutuelle, poussée par l’innovation et le partage des bénéfices, est la seule base pour un ordre mondial multipolaire et pour éviter la guerre. » a conclu Vereycken.

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