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Turquie: quand Ergenekon rime avec néo-cons

De 30 oktober aan 05:10

par Dean Andromidas

La Turquie a évité une grave déstabilisation lorsque sa Cour constitutionnelle a rejeté, le 30 juillet, la demande visant à interdire le Parti de la justice et du développement (AKP), le parti au pouvoir accusé d’avoir violé la clause de la Constitution sur la laïcité. Une décision contraire aurait entraîné la dissolution de ce Parti et l’interdiction, pour le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et une cinquantaine de députés, d’exercer un mandat pendant cinq ans – autrement dit une situation de chaos dans le pays.

Ce n’est certainement pas un hasard si les opérations de déstabilisation contre la Turquie s’intensifient au moment où le gouvernement prend d’importantes initiatives diplomatiques sur le plan régional, dont sa médiation entre la Syrie et Israël, et entre l’Iran et les pays occidentaux, ainsi qu’en Irak et, plus récemment, dans le Caucase.

Si le département d’Etat américain a salué la décision de la Cour constitutionnelle, dans quelques avant-postes de l’empire britannique à Washington, c’était la consternation, notamment chez l’American Enterprise Institute, le Center for Security Policy et l’Hudson Institute, dont l’une des prêtresses, Zeyno Baran, a exprimé sa déception dans un commentaire paru dans le Wall Street Journal du 2 août sous le titre: «Les islamistes turcs inspirent un nouveau climat de peur».

On a constaté la même réaction chez Michael Rubin, de l’AEI, et d’autres néoconservateurs qui ont inscrit sur leur liste noire le Premier ministre Erdogan, aux côtés de Vladimir Poutine, Mahmoud Ahmedinejad et Béchir el-Assad. Leur position n’est pas seulement motivée par l’islamophobie, l’appareil néo-conservateur ayant en effet des liens directs avec la bande criminelle turque Ergenekon, qui a été inculpée pour conspiration en vue de faire tomber contre le gouvernement d’Ankara.

La connexion Cheney?

Certains considèrent Ergenekon comme l’équivalent turc du tristement célèbre réseau Stay Behind (Gladio) de l’OTAN, impliqué dans le terrorisme international. Dans le cadre de leur enquête, les autorités turques ont arrêté une centaine de suspects et produit un acte d’accusation de 2500 pages, qui accuse Ergenekon de comploter une stratégie de tension devant culminer en putsch militaire.

L’équipe de l’Executive Intelligence Review (magazine de Lyndon LaRouche) a révélé les liens historiques et organiques entre cette bande et le Comité pour l’union et le progrès, créé à l’époque par les Britanniques, plus connu sous le nom de Jeunes Turcs (cf. NS numéro 14 du 1er août 2008). Dans la mise en accusation d’Ergenekon, EIR a relevé quatre références directes au vice-Président américain Dick Cheney.

La plus intéressante est un rapport selon lequel trois de ses plus proches conseillers ont rencontré le représentant à Washington de Cumhuriyet, un quotidien turc ultra-nationaliste, dont l’éditeur Ilhan Selcuk vient d’être inculpé et dont le rédacteur-en-chef Ibrahim Yildiz a été interrogé par les autorités turques qui enquêtent sur ses liens avec Ergenekon. Le quotidien appartient à la Fondation Cumhuriyet , qui compte dans son conseil d’administration le général Sener Eruygur (cr), soupconné d’être un dirigeant d’Ergenekon, qui a été écroué.

En page 95 de l’acte d’accusation, on trouve un rapport sur une discussion mise sur écoute, au cours de laquelle Yildiz informe Selcuk d’une réunion qui s’est tenue le 20 février 2008. C’est Yildiz qui parle: «Maintenant, frère, j’ai parlé à Elcin [Poyrazlar]. Sa réunion s’est faite avec trois personnes, (..) dont deux conseillers de Cheney, ses conseillers numéro un et deux, et quelqu’un de la commission des Affaires politiques. (...) La réunion se résumait plus ou moins à un échange de vues mutuel, et qu’ils devaient maintenir le contact à l’avenir. Mais ils étaient surtout curieux de savoir s’il y avait ou non une opposition à l’AKP, ainsi que de la question de l’Islam non radical et d’al Qaida. Ils ont dit que nous devrions continuer à nous parler, mais sans rendre publiques ces réunions.»

Bien que Dick Cheney ne soit pas officiellement suspecté, la police turque semble soupçonner que les Turcs qui ont rencontré les conseillers du vice-Président avaient des intentions traîtres. Quelques mois après la tenue de cette réunion, le procureur turc demanda à la Cour constitutionnelle d’interdire l’AKP. Puis, le 24 mars, Dick Cheney lui-même effectua une visite officielle en Turquie où il aurait, selon des rapports de presse, incité le gouvernement à augmenter le nombre de soldats turcs en Afghanistan, toutefois sans succès. De nombreux commentateurs pensent savoir aussi que le vice-Président recherchait du soutien pour une attaque contre l’Iran, demande également rejetée par le gouvernement et les chefs militaires.

Le prince des ténèbres

Le lien le plus probant entre les néo-cons et Ergenekon, c’est qu’ils partagent tous la même idéologie ainsi que sa matrice, le renseignement britannique. Les néoconservateurs américains qui suivent le dossier turc sont des alliés de Cheney, comme l’ancien numéro deux du Pentagone Richard Perle, Frank Gaffney, du Center for Security Policy, Michael Rubin de l’AEI et Meyrav Wurmser, de l’Hudson Institute. Ce sont des disciples de Vladimir Jabotinsky, un révisionniste sioniste et fasciste qui était, en 1908, rédacteur du Jeune Turc, le journal du Comité pour l’union et le progrès. Jabotinsky est également le parrain spirituel du Likoud.

Il serait surtout important d’ouvrir une enquête officielle sur les liens entre Ergenekon et Richard Perle, surnommé, non sans raison, le «prince des ténèbres». Sa relation avec la Turquie remonte au moins au coup militaire de 1980, lorsqu’il fut nommé assistant du secrétaire à la Défense de l’administration Reagan. Il fut rapidement chargé du dossier Turquie, fondant le Conseil de défense turco-américain afin de coordonner la politique bilatérale de la défense. Son adjoint s’appelait Frank Gaffney. Après avoir quitté le gouvernement en 1989, Perle exploitera les contacts qu’il avait cultivés en Turquie en aidant Douglas Feith (un autre néo-conservateur et futur sous-secrétaire à la Défense du gouvernement Bush fils) à créer International Advisors Inc., où ils empochaient tous deux des centaines de milliers de dollars d’honoraires pour leurs efforts de lobby en faveur d’intérêts turcs et de producteurs d’armement américains.

Ce n’est pas la politique américaine que défendait Richard Perle, mais celle de Bernard Lewis, un agent géopolitique britannique et orientaliste de l’université de Princeton. Son plan prévoyait la déstabilisation de l’Union soviétique à l’aide d’insurrections fondamentalistes dans l’«arc de crise» traversant les pays situés aux frontières sud de l’URSS. Cette politique donna des fruits amers: la Révolution iranienne, la guerre Iran-Irak, l’invasion russe de l’Afghanistan et le putsch turc de 1980.

En 1996, Perle dirige une équipe de néo-conservateurs qui formule une politique de guerre pour le nouveau Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, intitulée Rupture nette, une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume, autrement dit abandonner les efforts de guerre et assurer la domination d’ Israël dans la région. Ce document recommandait qu’Israël noue des liens avec la Turquie dans le cadre d’un nouvel axe stratégique dans la région. Peu après sa parution, on assista à ce que les médias turcs ont appelé le coup «post-moderne» de 1997, où l’armée força le Premier ministre Necmettin Erbakan et son parti de tendance islamiste à quitter le pouvoir.

Plus tard, le vice-Président Dick Cheney et ses conseillers tenteront d’appliquer la même politique. Aujourd’hui, le «prince des ténèbres» n’a pas lâché prise. On apprenait dans le Wall Street Journal du 27 juillet que Richard Perle cherche à tirer des bénéfices d’une guerre qu’il a contribué à lancer, en s’assurant des concessions pétrolières dans le nord de l’Irak, près d’Arbil. Son principal partenaire est la société turque AK Group International, dirigée par Aydan Kodaloglu, ancienne responsable du Turkish American Council, qui fut institué avec l’aide de Perle en tant que nouveau lobby américano-turc. Elle fait partie de l’appareil Jeune Turc de Perle et promeut l’amélioration des relations israélo-turques.

Aux Etats-Unis, AK Group International est représentée par Phyllis Kaminsky, que l’on retrouve aussi au Center for Security Policy de Gaffney et qui est associée au Jewish Institute for National Security Affaires. En Israël, son représentant est Avi Kalstein, un membre de l’extrême-droite du Likoud qui était porte-parole du ministre de la Défense Moshe Arens en 1999.

Mentionnons un autre élément de l’appareil de Richard Perle: l’Hudson Institute. L’article de Zeyno Baran mentionné ci-dessus, qui fustige l’AKP, décrit l’enquête sur Ergenekon comme un harcèlement de l’opposition, orchestrée par le parti au pouvoir.

Mme Baran déplore que le nom de Dick Cheney soit mentionné dans l’acte d’accusation, tout en défendant le «principal quotidien de l’opposition», Cumhuriyet, et ses rédacteurs. Sa prise de position est significative dans la mesure où il s’agit d’un organe du mouvement «néo-nationaliste». Fondé en 1923 comme organe du mouvement républicain d’Ataturk, le journal a rejeté la tradition kémaliste pour épouser l’idéologie de Tallet Pashe, l’un des leaders Jeunes Turcs à l’origine du renversement du sultan Abdul Hamid II, en 1908.

Zeyno Baran est la femme de Matthew J. Bryza, en charge des affaires européennes et eurasiatiques au département d’Etat américain depuis juin 2005. Diplomate de carrière, Bryza a été actif dans la région allant de la Turquie au Caucase, y compris en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Il a également trempé dans la géopolitique gazière qui déstabilise la région depuis la dissolution de l’Union soviétique.

En juin 2007, lors d’une session à huis clos de l’Hudson Institute, à laquelle assistait le général Suka Tanyeri, directeur d’un centre de recherches de l’état-major turc, des scénarios audacieux sur la déstabilisation de la Turquie furent discutés. L’un d’eux prévoyait deux attentats à la bombe, dont l’un à Istanbul, qui seraient attribués au Parti des travailleurs kurdes (PKK) et déclencheraient une invasion turque de l’Irak.

Notons qu’en juillet dernier, durant ces enquêtes, deux bombes ont effectivement explosé, une à Istanbul et l’autre le lendemain à Kirkuk, au nord de l’Irak. Certains se demandèrent si ces attentats étaient destinés à provoquer un conflit turc-kurde en Irak, au moment où les relations économiques et politiques entre les deux pays s’amélioraient.

Rappelons, pour conclure, qu’Ergenekon et les néo-conservateurs ne servent pas des intérêts turcs ou américains, mais plutôt ceux de l’oligarchie financière basée à Londres. Il va sans dire que la diplomatie du gouvernement actuel n’est pas conforme aux desseins de la faction impériale.

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